Au séminaire

Flânant un jour dans les rues d'Amiens, Magister passa devant le grand séminaire. Voyant la porte ouverte, il entra. La loge du concierge étant vide, il pénétra dans les cloîtres, qu'il parcourut successivement, d'un pas tranquille, sans se presser, regardant à droite et à gauche.
Le portier, qui se trouvait dans le voisinage en train de tailler une bavette avec l'un de ses confrères, avait vu entrer cet étranger ; il revint aussitôt et se mit à la recherche de l'intrus, qu'il trouva dans les cloîtres.

  • Que faites-vous donc là ? lui demanda-t-il.

L'autre ne répondit pas et continua son inspection.

  • Monsieur, sortez tout de suite, dit le concierge en colère ; il est défendu de pénétrer ici.

Magister, qui paraissait absorbé par son inspection et gardait le plus complet mutisme, n'obéit point à cette injonction. Interpellé de nouveau par le cerbère, il recouvra enfin la parole, et, se plaçant bien en face de l'interpellateur, il lui demanda le plus posément du monde :

  • Pourquoi y a-t-il un numéro et un nom sur chacune des portes ?
  • Vous ne savez pas cela ? répliqua le concierge, un peu radouci parce qu'il croyait avoir affaire à un simple d'esprit. Chaque séminariste, continua-t-il, trouve ainsi aisément sa chambre, puisqu'il lit son nom sur la porte et le numéro qui lui a été donné en entrant ici.
  • Ces futurs curés, dit Magister en se dirigeant vers la porte de sortie, ne sont guère intelligents ; il faut qu'ils soient plus bêtes que mon baudet, ma vache et mon veau, qui ont chacun leur étable et qui ne se trompent jamais lorsqu'ils rentrent des champs, bien qu'il n'y ait ni numéro ni nom sur la porte.

Et il sortit solennellement, laissant le concierge absolument abasourdi, estomaqué.

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Date de dernière mise à jour : 15/05/2015