Jacques Tilloloy

Sur les pas de Jacques Tilloloy

Pourquoi Eche Marister ed Pernois?
 
Dans un très beau livre, paru en 1903, écrit par Alcius Ledieu celui-ci nous relate l'histoire d'un conteur ayant vécu à Pernois au XVIIIème Siècle.
 
«Dans mon enfance, au cours des longues soirées d'hiver, devant un joli feu de bois clair, pétillant dans l'âtre, j'ai entendu maintes fois raconter bien des histoires qui avaient pour héros un magister de Pernois vivant à une époque que l'on ne précisait pas.
 
La presque unanimité des auditeurs ignorait assurément la situation géographique de Pernois, et, pour la plupart d'entre eux, le magister dont on racontait les exploits était tout simplement légendaire.
 
Plus tard, j'ai cru moi-même que nos narrateurs rustiques des veillées hivernales mettaient sur le compte de ce maître d'école ce qu'ils auraient bien pu placer sous le couvert de tout autre personnage de n'importe quelle localité, afin de donner à leurs récits un caractère d'authenticité.
 
Certes, si ce maître farceur a joué dans le cours de sa joyeuse existence tous les tours qui lui sont attribués, il y a vraiment lieu de se demander si ce n'est point un personnage problématique.
 
Généralement, les conteurs qui amusent leur auditoire par le récit des mystifications du magister de Pernois ne savent pas à quelle époque vivait ce dernier ; ils ignorent même son nom. Je résolus d'en avoir le cœur net.
 
Pour être fixé sur le compte de ce type, il n'y avait qu'un moyen : c'était de me rendre dans le village où il passait pour avoir vécu. C'est ce que je fis. J'enfourchai mon cheval d'acier un beau matin d'une journée d'été et je partis. Je n'ai pas regretté mon voyage...
 
... sous l'ancienne monarchie, la seigneurie de Pernois appartenait aux évêques d'Amiens par suite d'un échange fait à la fin du XVIIème siècle entre l'évêché et l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais contre la terre de Pissy ; le domaine de Pernois consistait alors en château, maison, cens, terres, bois prairies, rivières, vignes et censives. D'après un dénombrement fourni en 1539, le château se composait d'un beau bâtiment contenant dix-huit ou vingt chambres, salles, garde-robe, chapelle, étables, granges, colombier et donjon, le tout couvert en tuiles, et le logis du fermier avec ses étables, jardins, parc et huit journaux de terre.
 
Le château de Pernois était, avec celui de Montières-lès-Amiens, l'une des deux maisons de campagne où les évêques d'Amiens venait résider pendant la belle saison.
 
Antoine de Créquy, nommé évêque de Nantes en 1554, à l'âge de vingt-trois ans, était transféré dix ans plus tard sur le siège épiscopal d'Amiens. Le Chapitre de la cathédrale d'Amiens fit quelque difficulté pour recevoir ce prélat parce qu'il portait toute sa barbe ; aussi, l'évêque d'Amiens résidait-il presque continuellement à Pernois lorsque ses devoirs ne le retenait pas à la cour du roi Charles IX, qui l'avait en grande estime, et qui obtint pour lui, en 1565, le chapeau de cardinal.
 
M. de Créquy affectionné d'autant plus la résidence de Pernois qu'elle est dans le voisinage de Canaples, terre patrimoniale des Créquy. Ce prélat jouissait d'une fortune considérable, dont le revenu était au moins de soixante mille livres. En 1565, il fit reconstruire le principal corps de logis, qui fut flanqué de deux tourelles, et fit sculpter ses armes au-dessus de la porte d'entrée. Ce prélat qui souffrait de la gravelle, mourut à Amiens le 20 juin 1574, il n'était âgé que de quarante-trois ans....
 
...Il y avait sur le territoire de ce village un fief nommé la Mule-l'Evêque, qui conférait à son possesseur un droit féodal singulier. Lors de la première entrée à Amiens d'un nouvel évêque, ce vassal était obligé de se rendre dans la ville épiscopale ; il tenait la bride et l'étrier de la mule sur laquelle le prélat était monté et l'aidait à descendre sur le parvis de la cathédrale ; son service accompli, il s'emparait de la mule qui devenait sa propriété.
 
A l'origine, l'église paroissiale, sous le vocable de Saint Martin, était située à l'intérieur du château épiscopal, où le curé, qui mangeait à la table de l'évêque, avait son habitation. Mais, vers 1340, l'évêque Jean de Cherchemont fit transférer le presbytère et l'église en dehors de l'enceinte du manoir.
 
L'église actuelle, qui est fort exiguë, se termine en hémicycle ; au-dessus du portail, on voit une tête d'évêque avec une crosse. Les deux chapelles latérales ont été construites aux frais de M. de la Motte.
 
Autrefois, la place d'honneur dans cette église était occupée, en l'absence de l'évêque, par le possesseur du "Fief de la Mule-l‘Evêque".
 
Les évêques ‘d'Amiens possédaient aussi la seigneurie d'Halloy, près de Pernois, qui fut achetée en 1301 par guillaume de Mâcon à Gilles, sire de Canaples.
 
L'enquête à laquelle je me suis livré à Pernois a été couronnée de succès.
 
Lors de ma visite, je me suis mis en rapport avec quelques-uns des habitants les plus honorables de ce village, qui m'ont déclaré que le vieux farceur dont je m’occupais avait réellement existé. Mais j'ai pu constater que le souvenir de ses bons mots, de ses réparties et de ses facéties est beaucoup moins vivace dans son pays natal que dans les alentours de Pernois, comme à Vignacourt, par exemple, et même dans un rayon plus étendu ; c'est une preuve nouvelle que l'on n'est jamais roi dans son pays.
 
Et cependant, il a encore des descendants à Pernois, il s'appelait JACQUES TILLOLOY, mais il n'était et n'est pas encore désigné dans le village que sous le nom de Magister, - èche Magister, en patois picard.

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Date de dernière mise à jour : 14/11/2015