Les Évêques d'Amiens

Tous ces Evêques ont laissés des traces de leur action dans l'Histoire de Pernois

ROBERT

Quarante deuxième Évêque

Il s'appelait Robert de Caméra, peut-être pour de Cameraco. Aussitôt après son sacre, il assista, l’an 1165, à l’ouverture de là châsse de S. Maxime, faite à Thérouanne par l’évêque Milon. Pierre, chantre de Paris , (chap. 74, De verbo abbrmato), rapporte qu’étant interrogé par les juges sur ce qu’on ferait d'un criminel qui avait mérité la corde, il répondit : Faites ce que. vous devez faire : Facile opus quoi labetis facere; cette réponse, qui lui parut inconsidérée, le toucha vivement, et il en conçut un grand chagrin. Dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean d'Amiens, il est appelé le quatrième seigneur de cette ville : il mourut en 1169.

THIBAUT D'HEILLY

Il était parent de Guillaume de Champagne, cardinal archevêque de Reims, frère de Raoul, archidiacre de Ponthieu, et neveu de Raoul d’Heilly, doyen d’Amiens. Étant archidiacre, il fut élevé à l’épiscopat, en 1169. Il fut le conseiller spirituel et temporel du roi Philippe-Auguste. Il se trouva au troisième Concile général de Latran, en 1179, sous le pape Alexandre III. Ce fut lui qui, en 1185, céda à Philippe-Auguste le droit et l’hommage du comté d’Amiens. En 1187, le pape Urbain III le chargea de visiter l’église des chanoines de Saint-Sauveur de Saint-Pol, et d’y régler ce qu’il jugerait à propos. En 1190, pour s’exempter du voyage de la Terre-Sainte, il accorda la dîme saladine, conjointement avec Étienne, évêque de Tournay. Il porta une sentence, l’an 1196, contre I’abbesse de Chelles qui voulait se soustraire à la juridiction de l’évêché de Paris.

Il mourut l’an 1204, le dernier jour d'avril. Il fut enterré dans l’église de Saint-Martin-aux-Jumeaux, alors possédée par des chanoines réguliers, et ensuite par les Célestins. On y voyait dans le chœur, à main droite, une tombe d’airain relevée en bosse, soutenue par quatre lionceaux, le tout du poids de 1350 livres. Il était représenté en habits pontificaux, la crosse en main. En 1658, on trouva ses ossements enveloppés dans un taffetas rouge pâle, et on les remit à la même place un peu plus bas. Le pape Alexandre III lui adressa les chapitres porro, au sujet des privilèges sanè, à l’occasion des réguliers ad hoc, concernant les dîmes. Célestin III lui adressa celui qui commence par Conquerentes, et qui regarde les clercs qui voyagent.

Son blason : 

de gueules à la bande fuselée d'or

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GUILLAUME DE MACON

 

Cinquante-unième Évêque

Cet évêque né à Macon, était parent de Jean, comte de Macon. Il fit ses études avec tant de succès, qu'il devint un des plus célèbres docteurs de "l’Université de Paris» dont les registres le qualifient Maximus Juriste. Il ne fut pas plus tôt dans l’état ecclésiastique, que le roi S. Louis, à la cour duquel il était élevé, le fit son aumônier. IL devint successivement chanoine de Paris et de Beauvais, et doyen de Laon. Il était lié d’une étroite amitié avec le pape Grégoire X. Il accompagna le saint roi à la Terre-Sainte, l’assista à la mort, l’ensevelit, et suivit son corps en France. Philippe-le-Hardi, successeur de Louis, retint Guillaume auprès de lui, l’an 1278, en qualité d’aumônier. Dès qu'il fut élevé à l’épiscopat par l’élection du chapitre d’Amiens, il prêta le serment en 1278, le dimanche après l’Octave des Apôtres S. Pierre et S. Paul. Philippe lui permit de se rendre à son siège d’Amiens, et lui conserva la qualité de conseiller du roi. On le reçut comme un troisième Firmin; il fut sacré par Pierre Barbet, archevêque de Reims. Il célébrait la messe chaque jour, visitait souvent son diocèse et en extirpait les abus. Dès l’an 1278, le roi l*envoya vers le pape Nicolas III, à l’occasion d’un subside pour le voyage de la Terre-Sainte. Il retourna à Borne en 1281, avec Simon, évêque de Chartres, pour obtenir du pape Martin IV la canonisation du roi S. Louis. A son retour, il assista à plusieurs assemblées du Parlement; et dans l’assemblée du clergé, tenue à Paris l*an 1284, il parla fortement contre les privilèges nouvellement accordés aux religieux mendiants. Il s’éleva de nouveau contre eux dans le Concile de Reims tenu en 1287.

En 1296, il se trouva au conseil que Philippe-le-Bel tint au Louvre, au sujet de Guy, comte de Flandre. Il fut du nombre des évêques envoyés par le roi l’an 1297, pour négocier la paix entre la France et l’Angleterre. Il fut chargé par la suite de plusieurs autres commissions relatives au bien de l’État. En 1300, il fonda la maison des Chartreux à Abbeville, et acheta dans ce dessein la place et la maison des Templiers. Il dota ce monastère avec le village, la cure et les dîmes de Port-le-Grand, qu’il acquit du chapitre de la cathédrale, lui donnant d’autres biens en échange. En 1303, le 15 janvier, il souscrivit l'appel au futur Concile, pour la défense de Philippe-le Bel contre le pape Boniface VIII. Il assista, en 1304, au Concile de la province de Reims; et l’an 1306, à la translation du chef de S. Louis, de l’abbaye de Saint-Denis à la Sainte-Chapelle. Il mourut le 19 mai 1308, ayant siégé trente ans, et fut enterré dans la chapelle de Sainte-Marguerite, où il est représenté sur une statue de bronze. Le nécrologe de la cathédrale en fait mention comme d’un prélat de bon conseil, de grande érudition, dont la réputation était répandue dans toute la France. Il était le père des pauvres à qui il donnait tout. Le 15 août 1308, il avait reçu des lettres-patentes du roi qui lui recommandait de permettre la levée d’une dîme dans toute l'étendue du diocèse ; le roi reconnaît que cette dîme est l’effet de la libéralité des évêques.

JEAN DE CHERCHEMONT

 

Cinquante-quatrième Évêque

Cet évêque, d'une des premières maisons du Poitou, naquit à Poitiers, de Guillaume, docteur-ès-lois, et de Marie. Il était neveu du chevalier Jean, seigneur de Venours, doyen de Poitiers, et ensuite chancelier de France. Quoiqu’il eût été élevé à l’épiscopat dès l’an 1325, il prêta serment à la chambre apostolique le 13 mars 1326, et ne fit son entrée à Amiens que le 16 du mois d'août 1327, accompagné des comtes de Flandre et de Saint-Pol. IL avait été précédemment chanoine de Sainte-Radegonde de Poitiers et de Saint-Quentin, puis doyen de Sain-Germain-l’Auxerrois de Paris, et évêque de Troyes à 18 ans. Il assista par députés an Concile de Senlis en 19t9, à celui de Noyon en l'an 1344, le Î6 juillet; on y obligea toutes les églises de faire l’office selon l’usage des cathédrales. En 1329, il convint avec les magistrats de la ville que les habitants qui mourraient sans confession et sans avoir testé, seraient inhumés en Terre-Sainte, sans que l’évêque pût rien prétendre sur leurs biens, à moins qu’ils ne fassent hérétiques ou excommuniés. Ce prélat fut chancelier de France sous Philippe de Valois. Il mourut de mort subite, le 36 janvier 1372, après 47 ans d’épiscopat. Il repose dans la chapelle de Saint-Sébastien ou du pilier vert, où l’on voit son tombeau couvert de lames d'airain bien travaillées.

Ses biens et revenus à  Amiens

I. — Immeubles : Maisons et Terrains.
Maisons. —La maison, hôtel, granges, étables, jardin, montée d’eau, lieu et pourpris(1) duPrélion ou Praillon.
Cette habitation appartenait primitivement à l’évêque Jean de Cherchemont qui assigna sur elle, à la communauté des chapelains 10 livres parisis de rente (supra domum vel managium et tenementum vulgariter nuncupatum le Praillon), pour le transfert, en la Cathédrale, à l’autel du Pilier-Vert, d’une chapelle qui avait été fondée, le 3 avril 1339, dans sa maison de Pernois, (in domo sua de Petronoso.) Il mit comme condition de cette libéralité que le chapelain du Pilier- Vert, serait associé à la Communauté des chapelains. Cette convention eut lieu le 26 janvier 1372 (2) et fut ratifiée en mai 1376, parle chapelain Firmin Abraham. Le Prélion était au faubourg, près de la maison du Cardonnoy, au-delà du pont, vis-à- vis la tour de là Barette, en terre et juridiction de l’évêché. (3)

Chapellenie du Vert-Pilier en la chapelle de Saint-Sébastien

Ce nom vint à cette chapellenie de ce que l’autel auquel elle fat rattachée était adossé an pilier originairement peint en vert. Elle avait été fondée primitivement, c’est-à-dire le 3 avril 1339, dans la maison que possédait à Pernois (in domo sua de Petronoso) l’évêque d’Amiens, Jean de Cherchemont. Elle le fut en faveur de l’un de ses familier ; Jean de Pomerio, clerc, originaire comme lui du diocèse de Poitiers. Il avait été décidé, lors de cette création, qu'après le décès du premier titulaire, la dite chapellenie serait dédoublée en deux autres, l’une devant rester à Pernois, l’autre à transporter dans un endroit déterminé. Mais, dès avant la mort de celui-ci, le 23 septembre 1346, l’évêque opéra ce dédoublement, en établissant une chapellenie dans la Cathédrale, à l’autel qu’il venait de faire construire et édifier en l’honneur de Dieu et des saints Firmin et Sébastien, martyrs, et Yves, confesseur ; cc ad altare quod ibidem in honorem Dei et beatorum Firmini et Sebastiani, martirum, ac

Yvonis, confessoris, constitui fecimus et fabricari »                                                      

La chapellenie de Pernois avait été « richement dotée » par Jean de Cherchemont. Il  n’en voulut pas moins faire en faveur de celle érigée par. lui dans la Cathédrale, aussi, le 26 janvier  1372  assigna-t-il à la communauté des Chapelains 10 liv. parisis de rente sur sa maison et tènement appelés le Prâillon, « supra domum val managium et tenementum vulgariter nuncupatum le  Praaillon. » Il  y mit comme condition que le titulaire de la chapellenie du Pilier-Vert serait  associé à la dite communauté, suivant con­vention du 26 janvier 1372  et ceci fut rati­fié au mois de mai l376, par le chapelain Firmian Abraham.

La chapelle du Vert-Pilier perdit ses divers vocables pour prendre l'unique vocable de Saint- Sébastien,en l’an 1462. Ce changement eut lieu sous L'Évêque Ferry de Beauvoir, à la suite d'un voeu fait par les trois Etats pour la cessation du fléau de la peste qui désolait Amiens. (3)

1325-cherchemont-1.jpg

Jean DE CHERCHEMONT, né à Poitiers, fils de Guillaume de Cherchemont, docteur ès-lois et de Marie, fut évêque de Troyes, avant d’occuper le siège d’Amiens en 1325 et devint chancelier, sous Philippe de Valois. Mort le 26 janvier 1373 (N S) et enterré dans la chapelle de Saint-Sébastien.
De sinople à trois pals d'argent, à la bande lozangée de gueules sur le tout (SM. D.) et pallé d’argent et de simple à une bande fuselée de gueules. (LM. Duchesne et DS:)

 

FRANÇOIS DE HALLUIN

Soixante-neuvième Évêque

Il était fils de Louis de Halluin, chevalier seigneur de Piennes, gouverneur et lieutenant-général pour le Roi en Picardie, et de Jeanne de Ghistelle, dame d’Esclebecq. Après avoir été successivement clerc de l'église d’Amiens, notaire apostolique et abbé du Gard, il fut placé sur le siège de celte ville, en 1503, à l’âge de vingt ans, par une Bulle du Pape Alexandre VI, datée du 5 des ides d’août 1503. André, seigneur de Rambures, qui avait épousé la sœur de François de Halluin, prit possession en son nom le 19 septembre. Cet évêque fit son entrée le 12 septembre 1507. Il eut successivement pour sufflragants Nicolas de la Cousture et Nicolas Lagrené, évêques d’Ébron.

Il se trouva, en 1511, au Concile de Pise, et l'an 1514, au cinquième Concile de Latran. Il eut beaucoup de procès avec son chapitre, et il fulmina des censures et des excommunications contre les chanoines, qui s'en firent relever en 1517, par sentence de la métropole de Reims. Comme il avait choisi sa sépulture dans la cathédrale, il y fit construire, malgré l’opposition du chapitre, on tombeau magnifique, à côté du grand autel, entre les piliers du sanctuaire. Ce tombeau avait six à sept toises de hauteur; l’urne qui le composait était soutenue par quatre pilastres ornés. Ses restes mortels n'y furent point déposés; car ayant été blessé par un sanglier, comme il était à la chasse dans les bois du Gard, il mourut de sa blessure dans cette abbaye, le 18 juin 1598, et fut inhumé dans le chœur, sous la lampe, et sans épitaphe.

Son Blason

blason-halluin-4.jpg

D'argent à trois lions de sable lampassés de gueules, armés d'or, 2 et 1.
blason-halluin-1-2.jpgD’argent à trois lions de sable, armés, lampassés et couronnés d'or ; sur le  tout, d’azur à la fasce d‘or accompagnée de six billettes de même, 3 en chef et 3 en pointe, qui est de Piennes.( à revoir)


 

ANTOINE DE CRÉQUY

 

Soixante-quatrième Évêque.

Sa famille tirait son origine de la seigneurie de Créquy, en Artois. Antoine était fils de Jean VIII, sire de Créquy, seigneur de Canaples, prince de Poix, et de Marie d’Acigné, du sang des pre¬miers ducs de Bretagne. Dès l’an 1558, il avait succédé à son oncle François de Créquy, dans l’évêché de Thérouanne. Il fut nommé à l’évêché de Nantes et à l'abbaye de Saint-Julien-les-Tours, en 1554. Il monta sur le siège d'Amiens, après avoir échangé ses deux bénéfices avec le cardinal de Pellevé, en 1561.Il  fit son entrée en 1564 le jour de la Circoncision; il n'avait pu obtenir ses bulles plus tôt, par suite de l'opposition que Louis d’Ailly, vidame d’Amiens, fit à sa réception. La même année, le 12 novembre, le roi Charles IX demanda pour cet évêque, au chapitre, qu’il lui fut permis de porter la barbe longue. Il assista, par procureur, au Concile de Reims, tenu par Charles de Lorraine, cardinal et archevêque. Le 11 mars 1565, le pape Pie IV, à la sollicitation da Roi dont il était chéri, le créa cardinal du titre de Saint-Triphon. Il était du conseil privé du Roi, et il siégea avec les princes et les cardinaux aux assemblées tenues sons Charles IX, au sujet de la religion. Il s’attacha constamment à son église, à laquelle il fit de grands dons. Il mourut de la gravelle, le 30 juin 1574, âgé de quarante-trois ans. Son corps fut enterré dans l’abbaye de Saint-Vaast de Moreuil, lieu de la sépulture de ses ancêtres. Son cœur est inhumé dans le sanctuaire de la cathédrale, devant le grand autel. Lorsqu’on ouvrit son tombeau, en juin 1766, pour y déposer le corps d’Henri Feydeau de Brou, on trouva le cœur de ce cardinal dans un vase en plomb. Comme on y fit une légère ouverture, il en découla quelques gouttes d’eau mêlée de sang ; ce qui fit juger qu’il était encore entier. Antoine de Créquy prenait pour devise la colonne lumineuse qui servait de guide au peuple d’Israël, avec ces mots : pritca lux, lux certa salutis. Ce prélat fit une fondation pour la station du carême, et laissa une rente au chanoine diacre d’office, pour qu’à la grand-messe du chapitre, il eut soin de rappeler au célébrant de prier pour lui.

Antoine de Créquy, né en 1531, fils de Jean VIII, sire de Créquy, capitaine des cent-gentilshommes d’Henri II, et de Marie d’Acigné, dame de Boisjoli. Evêque de Thérouanne en 1553, de Nantes en 1554 et d'Amiens en 1561 ; cardinal en 1565, chevalier de Saint-Michel, abbé de Valoires et de Selincourt. Mort le 20 juin 1574 et inhumé à Saint-Vast de Moreuil, auprès de ses ancêtres.

Son blason
crequy-62-3.jpgD'or au créquier de gueules.

crequier-2.jpgEcartelé au 1 de Créquy ; au 2 d'hermine à la fasce de gueules chargée de. trois fleurs de lys d’or qui est d'Assigny ; au 3 de France au lion naissant d’argent qui est de Soissons Moreuil ; au 4 contre écartelé, aux 1 et 4 de France à la tour d'argent qui est de la Tour, aux 2 et 3 d’or au gonfanon de gueules qui est d'Auvergne, et sur le tout du dernier quartier d'or à trois besans de gueules qui est de Boulogne. On trouve aussi le 4e quartier écartelé, 1 et 3 de la Tour, 2 de Boulogne et 3 d’Auvergne.

HENRI FEYDEAU DE BROU

 

Soixante-dix-huitième Évêque
Henri Feydeau de Brou, évêque d’Amiens, était fils d'Henri Feydeau, seigneur de Brou, conseiller au parlement, et de Marie Roillé, sœur de Jean Roillé, comte de Melany, conseiller d’État, et de N. Rovillé du Coudray, maître des requêtes, autrefois intendant en Picardie.

La famille des Feydeau est d’une noblesse originaire de la Marche.
Henri Feydeau de Brou naquit à Paris le 18 juin 1643. Il fut baptisé dans l’église de Saint-Médéric. Nicolas l’Avocat, Maître des Comptes, fut son parrain, et Anne Charpentier, veuve de Charles Feydeau, aussi Maître des Comptes, fut sa marraine.
Il fit ses humanités et sa philosophie au collège du Plessis, et après avoir achevé ses études et sa licence, il prit le bonnet de docteur en théologie de la faculté de Paris, le î août 1678.
Dès l’année précédente, il avait succédé, dans la charge d’aumônier du Roi, à Charles le Goulx de la Berchère, alors évêque de Lavaur et ensuite archevêque de Narbonne. En 1675, il avait assisté, comme député du second ordre de la province de Bourges, à l’assem¬blée générale du clergé, tenue à Saint-Germain-en-Laye.
En 1685, il prêcha l’Avent devant le Roi. Après son premier sermon, Louis XIV lui disant qu’il l’avait entendu avec un vrai plaisir, et lui demandant s’il pourrait continuer le reste de l’Avent avec la même force, il répondit qu’il l’espérait. Le succès répondit à cette espérance: le Roi et toute la cour parurent pleinement satisfaits.
Le jour de la Pentecôte, 18 mai 1687, le Roi étant à Verdun, le nomma à l’évêché d’Amiens, vacant par le décès de François Faure, mort subitement à Paris,

La France était alors en mésintelligence avec Rome, par suite de ce qui s’était passé dans l’assemblée du clergé de 1682. M, Feydeau de Brou ne put obtenir ses bulles. Le chapitre le choisit pour grand-vicaire pendant toute la vacance du siège, et il en exerça les fonctions jusqu’en 1692.
Pendant son séjour à Amiens, en qualité de vicaire-général, il reçut, le 6 janvier 1689, Jacques II, Roi de la Grande-Bretagne, chassé de ses États par ses sujets rebelles. Il avait été, le premier jour du même mois, rendre ses devoirs à la Reine, son épouse, et au jeune prince de Galles, qui avaient passé à Abbeville, en quittant l’Angleterre.
Dans la même année, il prononça l’oraison funèbre de Marie-Louise d’Orléans, Reine d'Espagne, au service solennel que le Roi fit faire pour elle à Notre-Dame de Paris. Au mois de mai 1690, il

….

…. P 74 une méthode qui apprit à bien faire le catéchisme, et veilla à ce qu’on examinât fréquemment sur ce point au séminaire.
Il avait établi quatre retraites chaque année au séminaire, pour donner à un plus grand nombre de pasteurs la facilité de vaquer à ces saints exercices.
. Il maintint et étendit à tout le diocèse l’usage des conférences ecclésiastiques ; souvent il les présidait lui-même dans les moindres villages (1).
Pour contribuer encore davantage à répandre le goût de la science ecclésiastique dans le clergé, il avait formé un projet qu’il n’a été donné qu’à ses successeurs de réaliser. Il voulait publier un recueil d’instructions sur le Rituel, une suite d’explications sur les Évangiles et les Epîtres des dimanches de l’année, et un cours élémentaire de théologie.
Quant à l’instruction des fidèles, il y pourvut par les écoles, les catéchismes établis partout, les bons livres et les missions.

Plus de sept cents écoles existaient dans les campagnes ; il veilla à ce que les instituteurs fussent capables et édifiants. Il établit pour eux des examens sévères : il ne leur accordait l’autorisation d’ensei-gner qu’à condition de la faire renouveler chaque année au synode, s’il y avait lieu.
On imprima par ses ordres des alphabets français, contenant les prières communes des chrétiens et les éléments du catéchisme. Il voulait que le catéchisme fût le premier livre où les enfants apprissent à lire. Il fit composer, dans le même dessein, un abrégé de la vie de Jésus-Christ et un catéchisme historique. A l’époque de sa mort, il préparait un livre d’Heures contenant les principaux offices en latin et en français, et des instructions courtes sur la vie chrétienne. Il désirait publier aussi un recueil de cantiques spirituels, pieux et populaires, sur les principaux actes de religion, et sur les grandes vérités de la foi, pour compléter cet ensemble si propre à former des chrétiens fervents et instruits.
A cette époque, le clergé était animé d’un grand zèle pour l'instruction religieuse des fidèles de toutes les classes. Il le favorisa dans son diocèse, en provoquant partout l’établissement de catéchismes publics , où les adultes mêmes considéraient comme un honneur les interrogations qu’on leur faisait.
Les missions furent le moyen le plus puissant qu’il employa pour entretenir la connaissance et la pratique de la religion dans toutes les paroisses. Il en fit donner plusieurs chaque année, dans les campagnes et dans les villes. Il y employait plusieurs chanoines de sa cathédrale, les Jésuites, les Capucins, les Pères de l’Oratoire. Il établit au séminaire une fondation pour y entretenir à perpétuité cinq prêtres de la mission et un frère destinés à donner constamment des missions aux peuples de la campagne (1). »
Quelques jours après son installation, il commença, en novembre 1692, la visite des paroisses de la ville d'Amiens. Au mois de février de l’année suivante, 1693, il les fit à Abbeville dans l’église et du chapitre de Saint-Vulfran et dans toutes les paroisses. Au mois d’août, il les continua dans l’église collégiale et le chapitre de Saint-Florent de Roye, dans les paroisses de cette ville, dans celles de Montdidier et de Doullens. Il a continué successivement ses visites pastorales dans tous les lieux de son diocèse, chaque année, sans interruption, pendant toute la durée de son épiscopat.

Voici quelques détails intéressants sur sa manière de faire ces visites. Il y consacrait chaque année un temps considérable, et visitait ordinairement cent cinquante paroisses. Il les indiquait d’une manière générale au synode précédent, et envoyait ensuite à chaque curé des ordres plus précis sur ce qu’il y avait à faire.
Tel était l’ordre que le prélat s’était prescrit :
Il disait la messe, ou l’entendait régulièrement à huit heures : il mangeait un peu avant neuf heures et partait à dix. Pendant le reste de la journée, jusqu’à huit heures du soir, il voyageait ou donnait la confirmation dans les églises, parcourant trois paroisses par jour.
Après l'inspection du tabernacle, des vaisseaux sacrés, des fonts baptismaux, et pendant que son grand-vicaire, son promoteur ou son secrétaire, examinait l’état de l’église, les comptes de la fabrique, les papiers, les ornements, les linges, les réparations à faire à la maison presbytérale, les livres du curé, les personnes qui étaient en division par quelque querelle, ou celles auxquelles il fallait parler pour d’autres raisons, il montait en chaire et prononçait lui même le sermon sur l’Évangile du jour, ou sur quelque demande du catéchisme, selon les besoins de la paroisse. Il prêchait partout et à toutes les visites. Il faisait faire ensuite le catéchisme une heure entière en sa présence, d’abord par le maitre d’école, puis par le vicaire, quand il y eu avait un, et enfin par le curé (1). »
Le 15 mars 1693, il publia un mandement dans lequel, en rétablissant l’ancienne discipline de son diocèse, et ce qui avait été réglé dans le concile provincial de Reims, de 1564, il renouvela le décret qui ordonnait la stabilité des prêtres dans l’église à laquelle ils avaient été attachés par leur ordination.
Le 3 avril suivant, il fit un règlement pour les ecclésiastiques de son diocèse qui étudiaient à Paris.
Le 16 décembre de la même année, il fit commencer les retraites annuelles et gratuites au séminaire pour les curés et les vicaires. Il établit des prêtres auxiliaires pour desservir les cures dénuées de secours par la mort, les infirmités ou l’incapacité des curés, et il préleva une somme considérable de son revenu pour fournir à la dépense de ces bonnes œuvres.
Un religieux de l’abbaye de Sainte-Sauve de Montreuil, de l’ordre de saint Benoit, ayant été ordonné sans son dimissoire, le prélat déclara par sentence du Î8 décembre 1694, qu’il avait encouru les peines portées par les saints canons, entr’actes celles de l’interdit pendant quatre ans. Il rendit cette sentence publique, pour arrêter, par cet exemple d’une juste sévérité, ceux qui dans la suite pourraient tomber dans la même faute.
Le 10 juillet 1695, il fut, avec Bossuet, évêque de Meaux, et le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, un des évêques consécrateurs de Fénelon, archevêque de Cambrai. La cérémonie fut faite dans l’église de Saint-Cyr. Le 22 novembre 1699, il remplit les mêmes fonctions avec le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et M. de Clermont, évêque de Langres, dans l’église des Feuillants, au sacre d’André-Hercule de Fleury, évêque de Fréjus, avec lequel il était lié par une ancienne amitié.

Il convoqua son synode général le 11 août et le tint le 9 octobre 1696. Il y publia les statuts synodaux qui ont été revus et publiés avec quelques modifications, au synode du 2 octobre 1697.
Le 18 décembre 1696, il donna 351 livres de rente pour aider à l’entretien d’un missionnaire qui, avec deux autres, déjà pourvus d’une rente suffisante, devait faire des missions dans le diocèse pendant toute l’année, excepté au temps de la moisson. Il a dans la suite annexé à cette fondation le prieuré de Mareuil, pour augmenter le nombre des missionnaires.
Le 29 avril 1697, il condamna un écrit contenant les propositions du Père Desimbrieux, jésuite, professeur en théologie au collège d’Amiens, comme contraires à la discipline de l’Église et à la juridiction des évêques. En condamnant l’erreur, il voulut ménager l’ordre auquel appartenait son auteur. Ses supérieurs avaient, dès le 4 août 1696, désavoué par écrit sa conduite et ses sentiments. Ils crurent devoir en témoigner leur reconnaissance au prélat, par leurs lettres des 2 avril et 12 mai 1697. Ils le remercient de ce qu’il s’est contenté de remédier au mal et de punir le coupable, sans faire tomber sur le corps innocent la faute du particulier. Le même Père, sans l’aveu de ses supérieurs dénonça l’année suivante, à la Congrégation du Saint-Office, la censure portée contre lui, quelques articles des statuts publiés en 1697, et le mandement pour la publication du jubilé de 1695, dans lequel le prélat déclare que les religieuses pourront se choisir un confesseur extraordinaire, parmi tous ceux qui sont approuvés de lui pour entendre leurs confessions. Sa dénonciation fut rejetée par ce tribunal qui rendit justice à M. Feydeau de Brou. Il est dit dans sa réponse que ce prélat a bien mérité de F Église, et jouit en France d'une grande réputation de doctrine et de piété.
Le 20 juillet de la même année 1697, il condamna encore un autre écrit qui a pour titre : Lettre à un curieux sur des tombeaux qu’a découverts dans l'église de Saint-Acheul. Il crut devoir soutenir, dans cette circonstance, la tradition de son Église sur les corps des saints qui y sont honorés, et réprimer la témérité de l’anonyme qui la combattait sans fondement. Deux ans après, l’auteur de cette lettre, pour attaquer la censure dirigée contre lui, ayant emprunté le nom du sieur Thiers dans un livre intitulé : Dissertation sur le lien où repose le corps de saint Firmin-le-Confesseur, troisième évêque d’Amiens, ce dernier ouvrage fut supprimé, et les exemplaires furent saisis, par arrêt du conseil d’État du 17 avril 1699.
Le 12 novembre suivant, M. Feydeau de Brou célébra la messe pour l’ouverture du Parlement à Paris. Après la cérémonie, il répondit, avec l’applaudissement de toutes les chambres, au remerciement que lui fit M. le premier président.
Le jour de Noël, il officia à Versailles devant le Roi. Il y renouvela la même cérémonie à la même fête, en 1704.
Le 29 novembre 1699, il fit un mandement pour la publication de la Constitution d’Innocent XII, portant condamnation et défense du livre de l'Explication des maximes des Saints sur la vie intérieure. Celte Constitution avait été reçue le 14 mai précédent, par l’assemblée provinciale de Reims; le prélat, qui se trouvait incommodé, n’avait pas pu y assister.
Il publia, dans le synode du 7 octobre 1699, le nouveau catéchisme composé par son ordre. Ce livre fut si bien goûté que l’évêque de Boulogne l’adopta, par son mandement du 3 mai 1709, pour être enseigné dans son diocèse.

Le 88 mai 1702, M. Feydeau de Brou, visitant la ville de Montreuil, y fil la translation dans une châsse nouvelle du corps de saint Sauve, évêque d’Amiens, qui était conservé dans l’église de' l’abbaye de ce nom.
En 1703, il assista comme député de la province de Reims, avec l’évêque de Senlis, à rassemblée générale du clergé à Paris ; il y rendit des services très importants à l'’Église et à l’État. Il s’y distingua par son application, sa capacité, sa pénétration et son éloquence. Il y fut chargé des affaires les plus considérables, et il les géra avec un succès applaudi de toute l’assemblée.
Le 19 octobre de la même année 1705, il fit un mandement pour publier, dans son diocèse, la constitution du pape Clément XI du 16 juillet, contre le Jansénisme, reçue dans l’assemblée générale do clergé.
« Au mois de mai 1706, ayant commencé la troisième visite pasto¬rale de celte année, il la continua par des chaleurs extraordinaires, parcourant trente-cinq paroisses en quatorze jours, sans rien re¬trancher des occupations ordinaires auxquels il se livrait (1). Il revint à Amiens le jeudi avant la Pentecôte, déjà indisposé; ce qui ne l’empêcha pas d’officier pontificalement à la cathédrale le jour de cette fête. Le mal s’aggrava aussitôt, et il mourut plein de mérites le 14 juin, Agé de cinquante-trois ans, universellement regretté.
M. de Langle, évêque de Boulogne, son ami, qui était venu le visiter dans sa maladie, célébra ses obsèques. M. l’abbé de l’Estocq, chanoine théologal, prononça son oraison funèbre.
Jamais évêque n’a été plus aimé de ses diocésains ; aucun n’a plus mérité de l’être. M. Feydeau de Brou était d’une taille médiocre, mais bien proportionnée. Il avait les manières nobles, les yeux vifs, le front serein, tous les traits du visage délicats. Son abord était des plus gracieux.
Il avait la parole ferme, le son de la voix vif et perçant, le geste simple, sans être languissant, l’expression naturelle quoique fine, la conception vive et juste.
Il charmait dans la conversation; il narrait avec beaucoup d’agrément. Ses reparties étaient promptes et toujours pleines d’esprit, sans recherche ni prétention
Il faisait toutes les cérémonies de ses fonctions sacrées avec beau-coup de facilité, et en même temps avec beaucoup de dignité et de décence.
Il était théologien instruit et très versé dans la science de l’Écriture, dont l’étude avait toujours fait sa principale occupation. Il connaissait l’histoire et était bon littérateur. Il possédait toutes les connaissances qui conviennent à un évêque, et son génie supérieur en faisait un excellent usage.
Jamais on ne vit ami ppls sincère, aussi ardent à faire le bien de ceux qu’il honorait de son amitié, que désintéressé en tout ce qui le concernait. Toujours disposé à obliger ceux qui avaient recours à lui, il ne refusait son secours et sa protection à aucun de ceux qu’il savait en avoir besoin. On pouvait dire de lui ce qu’on a dit d’un ancien Romain, que personne ne connut jamais mieux son pouvoir, qu’en se trouvant par son secours délivré de quelque danger, ou en obtenant quelque laveur ; tvjvs potentiam mm eensit, nisi nul levatione periculi, nul aeeemone dignitatù (1).
Son chapitre a été plus particulièrement l’objet de sa bienveillance. Il en était le père, le protecteur, et on peut ajouter le solliciteur de ses affaires. Souvent le chapitre apprenait les bienfaits que le prélat lui avait obtenus à la cour ou au conseil, avant qu’il eût le temps de lui demander sa protection pour les obtenir.
On l’a vu plusieurs fois conduire les députés du chapitre chez les juges saisis d’une affaire à laquelle ils étaient intéressés. Ces magistrats ne pouvaient s'empêcher de témoigner combien ils étaient surpris, et en même temps édifiés, de cette extrême bonté.
Lorsqu'il faisait du bien à quelqu'un, c'était d'une manière si obligeante et si gracieuse, qu’elle faisait oublier en quelque sorte le don qu'il faisait, en même temps qu'elle augmentait la reconnaissance de celui qui le recevait.
Il avait une attention particulière à porter les ecclésiastiques à la perfection de leur état. Il ne donnait des bénéfices, particulièrement dans son église cathédrale, qu'à ceux qui étaient nés dans le diocèse, pour que l'espoir de la récompense les y retint, et fût un motif qui les excitât à travailler sous ses yeux. On pouvait dire du temps de son épiscopat ce qu'on disait du temps d'Honorius :
... sub teste benigno 
oititor; egregiot invitant premia mores (2).

Si quelque ecclésiastique de son clergé s'écartait de son devoir, il l'engageait à y rentrer avec tant de prudence et de ménagement, que le coupable ne se plaignait pas de langueur de la peine, convaincu de la justice de celui qui la décernait.
Solidement vertueux, et fortement pénétré des vérités de la reli-gion, il en pratiquait tous les devoirs avec exactitude, mais sans ostentation. Il faisait de fréquentes retraites au séminaire; on a pu conserver quelques résolutions qu’il y avait prises, elles témoignent du zèle avec lequel il travaillait à sa sanctification (1).
II était si occupé de ses devoirs que l’on conçoit difficilement comment, malgré la faiblesse de sa santé et la délicatesse de son tempérament, il a pu soutenir les fatigues auxquelles il s’est exposé sans interruption pour les remplir. Il écartait tout ce qu’il croyait pouvoir l’en détourner.
C’est dans cette vue qu’il a évité avec le plus grand soin les procès. Il comptait pour rien les avantages temporels qu’il pouvait en retirer, par cela seul qu’ils devaient lui faire perdre un temps précieux qu’il se croyait obligé d’employer plus utilement au soin de ses ouailles.
Sa résidence était presque continuelle. Lorsqu’il allait à Paris, tout le temps de son séjour était employé à rendre service à ses diocésains.
Naturellement modeste, il souffrait avec peine les louanges qu’on lui adressait, lors même qu’il les avait méritées. Il avait absolument défendu que les prédicateurs lui fissent tes compliments d’usage. Il ne les permettait pas davantage dans ses visites pastorales; il n’en voulait pas même quand son chapitre venait le saluer, au retour d’un voyage qu’il avait fait hors du diocèse. La joie qu’il voyait peinte sur le visage de ceux qui le saluaient lui suffisait ; il la considérait comme un témoignage plus sincère de l'affection de ses ouailles, que les discours les plus éloquents qu’on aurait pu lui adresser.
Les dépenses de sa maison étaient réglées arec ordre et économie. Selon la pensée de saint Jérôme, il n’était prodigue que dans ses aumônes, sold liberalitate eceeedêbmt modvm (1).
Il n’y avait pas de misères qui pussent échapper à la vigilante charité de ce saint évêque. Il savait les découvrir en quelque endroit de son diocèse qu’elles se tinssent cachées. Il soulageait les pauvres, et ménageait leur plus extrême susceptibilité, par la manière délicate avec laquelle il leur faisait parvenir ses dons.
« Tous les ans, au commencement de l’hiver, il faisait faire des habits et du linge pour trois ou quatre cents pauvres de la ville et des faubourgs, et pour tous ceux des terres de l’évêché, surtout de Pernois et de Montières. Ces deux dernières paroisses étaient pourvues, par ses soins, de maîtresses d’école qui instruisaient gratuitement les jeunes filles, soignaient les malades et leur fournissaient les remèdes et les aliments nécessaires."
L’Hôpital-général et l’Hôtel-Dieu d’Amiens avaient aussi parti ses libéralités annuelles, ainsi que la Miséricorde d’Abbeville, l’hôpital de Montdidier, l’hospice des Orphelins de Montreuil, et l’assemblée des Dames de la Charité, établie par ses prédécesseurs dans la ville épiscopale, pour visiter et soulager les pauvres et les malades .
Sa charité s’étendait à toutes les misères. Les incendiés, victimes d’un fléau si fréquent en Picardie, trouvaient toujours un secours auprès de lui.
Pendant ses visites pastorales, il laissait pour les pauvres de chaque paroisse, une aumône de dix à quarante livres, indépendam¬ment de ce qu’il donnait aux malades qu’il visitait tous, selon sa coutume invariable.
Ce n'était que par la plus stricte économie, et par l’éloignement de toute dépense superflue, qu'il pouvait suffire à tant d’aumônes ordinaires
Et aux dons particuliers qu’il fit souvent, soit à la maison des filles repenties, soit à plusieurs communautés pauvres, soit à diverses familles tombées dans la misère (I). »
On pourrait dire de lui ce que saint Jérôme disait de sainte Paule : il avait un saint empressement à connaître les pauvres qu’il pouvait secourir, et il considérait comme un bien perdu pour lui, le secours qui aurait été donne par un autre à un indigent abandonné : darnnum putabat, si quisquam debilis et esuriens cibo sustentabatur alieno .
Aussi les pauvres l’ont pleuré longtemps ; et leurs larmes, pour nous servir des paroles de saint Ambroise, lui ont procuré l’entrée de la gloire, en même temps qu’elles ont adouci dans le diocèse les regrets universels que sa mort y a excités : ista sunt lacrymœ redemptrices, illi gemitus qui dolorem mortis abscondunt

Son Blasonblason-brou-1.jpgHENRY FEYDEAU DE BROU, né à Paris le 13 juin 1653, fils d’Henry Feydeau de Brou, conseiller au parlement, et de Marie Rouillé. Nommé par le roi, dont il était aumônier, à l’évêché d’Amiens, le 18 mai i687, il ne fut sacré que le 31 août 1692 et mourut le 14 juin 1706. Il fut enterré dans le sanctuaire de la cathédrale, au pied de l’autel, honneur qui n'avait été accordé à aucun évêque de ce siège avant lui. — Sa tombe fut transportée dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste où elle se trouve encore

LOUIS FRANCOIS GABRIEL D'ORLÉANS DE LA MOTHE

 

Quatre-vingtième Évêque
Louis François Gabriel d'Orléans de La Mothe naquit à Carpentras, le 13 janvier 1689, d’une famille originaire de Vicence-, établie dans le Comtat depuis 1445 (la famille d’Aureliano). Il fit ses études au collège des jésuites de Carpentras, et sa théologie au séminaire de Viviers.

Il était à Rome en 1716, au retour d’un voyage à Malte, lorsqu'il y fait pour va, par Clément XI, d’an canonicat de Carpentras, auquel se trouvait attachée la charge de théologal.
Pendant qu’il remplissait les fonctions de cette double charge avec une exactitude scrupuleuse, il dirigeait encore dans la ville plusieurs bonnes œuvres qu’il y avait établies. Ses vacances étaient employées à faire des missions, avec quelques pieux ecclésiastiques. Il évangélisa ainsi successivement les diocèses de Vaison, d’Avignon, d’Arles, d’Aix, d’Embrun, de Sisteron, de Glandèves, de Cavaillon et de Nîmes. Chaque année il faisait sa retraite au monastère de Sept-Fonts. Il s'y retira bientôt dans l’intention d’y faire profession de la vie reli-gieuse ; mais rappelé impérieusement par ses supérieurs, il revint, par obéissance, reprendre à Carpentras le cours de ses bonnes œuvres.
En 1725, il assista, comme délégué de son chapitre, au concile provincial d’Avignon, et quitta Carpentras peu de temps après pour aller à Arles exercer la charge de vicaire-général.
En 1727, M. de Vacon, évêque d’Apt, son ami, le dépota au concile d’Embrun, en qualité de théologien. Après la tenue de ce concile, il publia deux écrits remarquables peur en défendre les décisions doctrinales et les opérations. On sait que M. Soanen, évêque de Senez, convaincu de jansénisme, y fut interdits de toutes fonctions pastorales, et que M. l’abbé de Saléon y fut désigné pour administrer son diocèse. Mais cet ecclésiastique ayant été élevé à cette époque sur le siège de Digne, H. de La Motte fut appelé à lui succéder à Senez, en 1729. Il se dévoua avec zèle, pendant quatre années, à rétablir l'ordre et la paix dans ce malheureux diocèse, ou le jansénisme avait fait de grands ravages, et il y réussit, comme les saints, par la patience et la douceur.
Le 15 août 1733, il fut nommé à l’évêché d’Amiens, vacant depuis sept mois ; ce prélat était alors dans la cinquantième année de son âge. Son sacre n’eut lieu que l’année suivante, au mois de juillet, dans la cathédrale de Viviers. Il eut pour consécrateur l'évêque de Viviers, assiste des évêques d'Apt et de Vaison. Il prit possession le 14 septembre de la même année, et commença dès lors cette vie fervente et apostolique qui Pa mis au rang des plus grands évêques de ce siècle.
* Dès cette première année de son épiscopat, son zèle lui fit trouver facile ce qui eût déconcerté tout autre. On le vit parcourir

Son Blason : 

mothe-copie-1.jpgDe gueules au léopard lionné d'or et une burelle d'azur brochant sur le tout, au chef d'or chargé d'un aigle de sable

LOUIS CHARLES DE MACHAULT

 

Quatre-vingt-unième Évêque

Louis Charles de Machault naquit à Paris, le 19 décembre 1737. Il était fils de M. de Machault, alors Maître des requêtes, et depuis Garde-des-sceaux et ministre d’État. Élevé par les jésuites, il serait entré dans cette société, si les événements qui en préparaient dès-lors la chute, et la volonté de son père, n’eussent combattu ses désirs. Il reçut les ordres sacrés, et fut choisi pour grand-vicaire et archidiacre d’Amiens, par M. de La Motte.

Ce prélat, admirateur de son mérite, à mesure qu’il le connaissait davantage, le demanda pour son coadjuteur, lorsqu’il eut perdu l’abbé de Branles, qu’il avait désiré d’abord comme successeur.

Il l’obtint, et le sacra lui-même au château d’Arnouville, le 15 mars 1772, sous le titre d’évêque d’Europée.
M. de La Motte disait qu’il laissait en lui à son diocèse, sinon un saint Jean-Chrysostôme, du moins un saint Jean l’Aumônier ; la douceur et la charité de M. de Machault lui méritaient ce nom. Ses libéralités pour les pauvres répondaient à sa tendre piété. Devenu évêque d’Amiens, par la mort de son prédécesseur, arrivée le 10
juin 1774, il se le proposa pour modèle, et en fit un digne éloge dans son premier mandement. Il fit ses visites pastorales avec exactitude, présida un grand nombre de missions et encouragea plusieurs éta-blissements utiles. II attira les frères des écoles chrétiennes en plu-sieurs lieux, et protégea aussi les écoles de filles, tenues par les sœurs de la Providence, dites Barrette*, parce qu'elles ont été fondées, dans le siècle précédent, par le P. Barré, Minime. Il accueillit les jésuites dispersés par la tempête, et se servit utilement de leur ministère, principalement pour les missions. Sentant le poids d’un diocèse qui avait plus de neuf cents paroisses ou annexes, il fut le premier à en solliciter le partage. Il y eut en effet un projet pour ériger un évêché à Abbeville ; la collégiale de Saint-Wulfran serait devenue cathédrale, et on aurait uni au nouvel évêché les abbayes de Saint-Riquier et de Saint-Valéry. Mais ce projet ne fut pas mis à exécution.
En 1781, lorsque l’on publia avec éclat le prospectus des œuvres de Voltaire, M. de Machault donna un mandement pour détourner ses diocésains d'y prendre part. Vers le même temps, il improuva un livre d'Épitres et d’Évangiles avec des réflexions, qui parurent rédigées pour autoriser les nouvelles erreurs. II propagea la dévotion au Sacré-Cœur, et publia un mandement, du 20 mars 1787, et un précis historique, relatifs à des guérisons miraculeuses opérées par l’intercession de la Sainte Vierge, en la chapelle qui lui est dédiée dans l'église paroissiale d'Albert, sous le titre de Notre-Dame-de-Brebière.

Ce prélat fut membre de la dernière assemblée du clergé, tenue en 1788, et l'année suivante, député des bailliages d'Amiens et de Ham. Il y vota constamment contre les innovations, et signa les protestations de la minorité des 12 et 15 septembre. Mais le tumulte de ces assemblées, et la nature des discours qu'on y entendait souvent, répugnaient à son caractère et à ses goûts. Il pensait d’ailleurs que l’obligation de la résidence, comme évêque, l’emportait sur ses devoirs comme député. Il parut dès-lors rarement aux séances, et fut néan-moins un des premiers à y réclamer pour les droits de l’Église. Son Instruction pastorale, du 25 août 1790, sur la hiérarchie et la discipline ecclésiastique, exposait les principes sur cette matière ; elle est longue et appuyée d’autorités, et forme 95 pag. in-8*. Le prélat adhéra à l’ Exposition des principes des trente évêques, et publia une Déclaration sur le serment civique demandé. Obligé de quitter la France pour se soustraire aux violences et aux insultes, il se retira à Tournai, où il donna, le 4 mars 1791, une Lettre poastorale, pour prévenir le schisme et l’élection d’un nouvel évêque. Ses conseils ayant été inutiles, il adressa, de la même ville, le 9 mat suivant, une nouvelle Lettre pastorale, pour protester contre l'élection de Desbois, curé de Saint-André-des-Arts, montrer la nécessité de la juridiction, et tracer à ses curés les régies de conduite qu’ils devaient suivre dans les circonstances.

Après les 5 et 6 octobre, les progrès de la révolution ayant obligé M. de Machault à quitter le voisinage des frontières, il passa en Allemagne, où il parait avoir habité assez longtemps Munster et Paderborn, en Westphalie. C’est là sans doute qu’il adhéra à l’ Instruction pastorale, du 15 aout 1798, adressée en commun par les évêques exilés, sur les atteintes portée à la religion. On a lieu de croire qu’il fut favorable à la déclaration de promesse de fidélité, demandée aux prêtres, en 1800, pour exercer le ministère. Le 6 novembre 1891, il donna sa démission, pour se conformer au Bref du 15 août précèdent. Rentré en France peu de temps après, il se retira dans la terre de M. le comte de Machault, son frère, à Arnouville, près de Gonesse, où il a constamment résidé depuis cette époque. Dans les commencements de son séjour en ce lieu, il aimait à se rendre utile pour les fonctions du ministère, et l’on voyait avec édification ce vénérable prélat rendre à la paroisse les services d’un simple curé. Quelquefois il donnait la confirmation dans les paroisses environnantes. En 1818, le roi le nomma à un canonicat du premier ordre, à Saint-Denis. Le prélat paraissait, malgré son âge, jouir encore d'une assez bonne santé, quand il se sentit subitement incommodé, le 11 juillet 1829 ; il mourut le lendemain 12, dans les sentiments de résignation et d'amour de Dieu, qui l’avaient animé toute sa vie.

(1) C’est là que M. de La Mothe avait désigné le lieu de sa sépulture. « Je veux « être enterré, dit-il dans son testament, au pied de la Croix de Saint-Denis. Si l’on « met une pierre sur mon tombeau, qu’il n’y ait pas d’antres paroles que celles-ci :

« L.- F.- G., Ev. d'Am., se recommande humblement aux prières des fidèles. » (Testament daté de Pernois, le 15 juin 1773.) Son successeur et le chapitre modifièrent en ce point son testament.

Lorsqu’en 1840, on exhuma les ossements de l’ancien cimetière de Saint-Denis, pour le transformer en place publique, la caisse de plomb contenant les entrailles de M. de La Motte, fut déposée dans la chapelle de l’évêché. Elle doit être replacée pins tard au pied de la Croix qu’on se propose d’élever au cimetière de la Madeleine.

Son Blason : 

blason-machault.jpgLouis-Charles de Machault, né à Paris le 29 décembre 1737, fils de Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville et de Geneviève-Louise Rouillé du Coudray. Coadjuteur de Mgr de la Mothe et évêque d'Europée (in patlibus) en 1772, il lui succéda le 10 juin 1774. Député aux États généraux, il émigra en 1791, et, après avoir protesté contre l’élection de l’évêque constitutionnel Desbois de Rochefort, il donna, le 6 novembre 1801, la démission de son siège. Nommé sous l’Empire chanoine de Saint-Denis, il mourut le 12 juillet 1820 au château d’Arnouville.
D'argent à trois têtes de corbeaux, dégouttantes de gueules (Mandements1). Son sceau porte les mêmes armes et la légende : Ludovicus Carolus de Machault episcopus Ambianensis 

Mandements : lettres pastorales et circulaires des Evêques

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Date de dernière mise à jour : 05/11/2015