La famille de Clari

Clari

  • 1151

Raoul de Clairi

  • 1155

Anselme de Clari

  • 1191

Gilo de Clari

  • 1202

Gille , Chevalier - témoin d'une donation de Pierre d'Amiens à l'Abbaye de Berteaucourt (D. Grenier)

  • 1342 et 1348

Robert, Sire de Clari - Chevalier bachelier

Gilles de Clari - Chevalier Bachelier de Picardie (D. Grenier)

  • 1382

Hue, Sire de Clary - Chevalier Banneret (Musée de la Bibliothèque royale)

Robert de Clari

 

Dans toute l'histoire des Croisades, peu d'événements ont soulevé autant de controverses que la prise de Constantinople en 1204. Calomniée par certains et défendue par d'autres, cette quatrième croisade démontre non seulement la surprenante déviation prise par les Francs qui devaient délivrer la Terre Sainte et non pas verser le sang de Chrétiens, mais également la dynamique économique et internationale du XIIIe siècle. Aujourd'hui, notre historiographie tente d'éviter de trouver un coupable ou encore même de prendre position quant aux événements qui menèrent à la prise de Constantinople. La plupart des historiens semblent d'ailleurs avoir perdu l'intérêt - ou peut-être l'énergie - de faire ce genre d'histoire. De ce fait, bien qu'il était autrefois coutume de jeter le blâme sur les chefs francs de la croisade, ou encore sur la manipulation des Vénitiens, la tendance actuelle semble être de trouver une cohérence entre les différentes circonstances qui portèrent les croisés à ne plus voir Jérusalem comme le but ultime de leur entreprise, mais plutôt Constantinople.

Nous tenterons, tout au long de ce récit, de nous pencher sur cet aspect précis. Il ne s'agira donc pas de justifier les actes des Francs et encore moins de déterminer si Constantinople méritait le sort qui lui fut réservé. Plutôt, l'intérêt sera de comprendre les fondements de la croisade, de même que les raisons de sa déviation. Cet objectif sera atteint par l'étude chronologique des sources primaires de la quatrième croisade, des sources qui nous permettront d'entendre les différents points de vue sur les événements qui s'y déroulèrent. Nous verrons donc les arguments des Francs, qui furent conservés pour la postérité sous les plumes de Geoffroi de Villehardouin et de Robert de Clari. Nous verrons également les propos de sources moins connues, mais non pas moins importantes, tels que les écrits de Nicetas Choniate, qui nous présentent l'aspect byzantin de la prise de Constantinople. Sans oublier, par la suite, les arguments d'un moine de l'abbaye de Pairis et les écrits d'un auteur anonyme qui rédigea un récit que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Chronique de Morée. Ainsi, nous serons en mesure d'apprécier l'histoire de la quatrième croisade dans son ensemble et dans son intégrité, car nous écarterons les propos subjectifs de nos historiens contemporains pour regarder de façon directe et sans équivoque les récits de ceux qui la vécurent.

Avant d'entreprendre la laborieuse tâche d'examiner les sources sur la quatrième croisade, un moment doit être consacré à l'étude de leurs auteurs; les origines de ceux-ci, de même que leur appartenance religieuse et leurs convictions politiques, peuvent grandement influer sur la valeur historique de leur oeuvre. En ce qui a trait à l'histoire de la prise de Constantinople, les médiévistes n'ont certainement pas à se plaindre. Après tout, nous avons le récit d'un haut dignitaire de l'armée franque, Geoffroi de Villehardouin, qui participa lui-même à l'entreprise et qui nous offre la perspective des dirigeants de la croisade. Ensuite, nous avons le point de vue de ceux qui constituaient la plus grande partie de l'armée, c'est-à-dire les soldats, sous la plume de Robert de Clari, qui était lui-même un chevalier de bas rang ayant accompagné les croisés dans leur périple. Sans oublier, par la suite, Gunther de Pairis, qui nous présente l'attitude du clergé face à l'assaut qui fut effectué sur la capitale byzantine. Ensuite, Nicetas Choniate, un "haut homme" qui était membre de l'administration impériale, nous présente un témoignage fort bouleversant du point de vue grec sur l'ensemble des événements. Finalement, l'auteur anonyme de la Chronique de Morée, bien qu'ayant écrit plusieurs années après la croisade, met en lumière le mépris qui existait toujours entre Grecs et Latins au XIVe siècle. Mais encore la question se pose: qui étaient vraiment ces auteurs et quelle est la valeur de leurs écrits?

Tout d'abord, la chronique de Geoffroi de Villehardouin est de loin la plus précieuse que nous possédons sur la quatrième croisade. Son récit est sans aucun doute "le plus sûr, le plus cohérent, le plus construit."(1) Sans oublier qu'il participa à plusieurs événements décisifs de la croisade, que ce soit par son rôle dans les négociations avec les Vénitiens ou encore par ses efforts à réconcilier les différends entre l'Empereur Baudouin et son vassal, Boniface de Montferrat, à un moment où l'emprise des Francs sur l'Empire byzantin était encore précaire. De par son rôle de premier plan dans la croisade, Villehardouin était parfaitement en mesure de nous décrire des grands événements auxquels il prit part. Il connaissait après tout les secrets et les discussions des chefs de l'expédition, ce qui lui permettait de nous transmettre une histoire "véridique"(2), ou comme il l'aurait dit: "l'une des plus grandes merveilles et une des plus grandes aventures qu'on eût jamais ouïes."(3)

Le récit de ce grand seigneur champenois est également d'un grand intérêt pour l'historiographie européenne, car celui-ci était à l'avant-garde de tout ce que l'Europe avait connu jusqu'alors. En effet, son histoire en est une qui est destinée au peuple, car elle est écrite en vieux français et non en latin (malgré la forme vulgarisée que cette langue avait acquise au XIIIe siècle). Villehardouin n'avait donc aucun modèle sur lequel se pencher au moment de sa rédaction, aucun style à copier.(4) De plus, son texte est d'une exactitude et d'un ordre remarquable. Pour un chevalier qui était certainement plus habile à manier l'épée que la plume, Villehardouin nous présente un discours qui ne retient que l'essentiel, donc qui rejette le superflu et qui évite de brouiller la chronologie des événements comme c'est souvent le cas chez d'autres chroniqueurs.(5) Il se classe, comme Robert de Clari, parmi ceux qui rendirent officielle la laïcisation de l'histoire afin de répondre aux voeux de la collectivité qui voulait entendre l'histoire des Croisades.

Malheureusement, nous savons peu de ses origines, à part qu'il hérita du titre de maréchal de Champagne. Le reste n'est que de la conjecture. De plus, certaines limites sont présentes dans sa narration et son texte. Le plus flagrant est sans doute le manque "d'humanité" qui marque son récit; il juge en effet plus opportun de décrire les stratégies militaires et les rencontres diplomatiques, plutôt que les angoisses morales des hommes qui s'étaient vus excommuniés par le pape et obligés de dévier de l'objectif de leur expédition vers une ville qui était nullement musulmane. Bien entendu, Villehardouin était avant tout un homme de guerre, mais il reste que son texte ne contient pas les explications et les sentiments qui menèrent à la prise de Constantinople et qui seraient d'un grand intérêt aux historiens aujourd'hui. L'étude de la quatrième croisade ne peut donc se faire uniquement avec le texte de Villehardouin; bien qu'il offre une solide chronologie des événements, il est pratiquement dénué des sentiments humains qui expliqueraient certains motifs psychologiques des croisés.(6) Certains historiens ont même questionné sa sincérité, prétendant que Villehardouin aurait altéré certains faits pour justifier les gestes des croisés face à ses contemporains.

Robert de Clari, en tant que pauvre chevalier picard, a connu "les incidents et les anecdotes de la guerre, il a combattu dans les rangs des pauvres chevaliers, il a été le témoin de leurs exploits et l'écho fidèle de leurs plaintes."(7) De ce fait, il complète l'oeuvre de Villehardouin. En effet, sa narration plutôt simpliste nous a permis de voir ce que négligent plusieurs chroniqueurs de cette croisade, tels que les détails de la vie de l'armée. Contrairement à Villehardouin, Clari n'omet pas ses sentiments et ses réflexions personnelles; son oeuvre est donc un atout important pour l'histoire qui nous intéresse. Mais bien que Robert de Clari ait été un témoin oculaire des faits qu'il nous rapporte, son récit comporte de nombreuses lacunes. Comme Villehardouin, sa vie nous est peu connue. Nous savons qu'il tire son nom de son fief de Cléry-les-Pernois, dans la Somme. Après la croisade, il serait rentré en France avec sa part de butin et des reliques et aurait décidé de mettre ses mémoires sur papier aux environs de 1216.(8) Il serait mort quelque temps après cette date.(9) Ensuite, contrairement à Villehardouin, il est mal placé pour décrire les secrets des chefs de l'expédition et se contente trop souvent de nous répéter les propos des racontars. Sa chronologie est de plus fort imprécise et remplie d'erreurs; ceci est probablement dû à son manque de vision globale des événements étant donné sa situation modeste dans l'armée. Enfin, une autre absence fort importante peut être trouvée chez Robert de Clari: son manque d'instruction. Ses descriptions des endroits et des événements le prouvent, de même que son manque d'esprit critique quant aux témoignages qu'il nous rend.(10) Mais quoi qu'il en soit, son témoignage en demeure un de premier plan en ce qui à trait à l'histoire de la quatrième croisade, d'où l'importance que lui accordent plusieurs historiens.

Gunther de Pairis, Nicetas Choniate et l'auteur anonyme de la Chronique de Morée sont également d'un intérêt pour notre recherche. Dans le cas de Gunther de Pairis, c'est moins une histoire de la quatrième croisade qu'il nous rapporte qu'un inventaire des reliques recueillies à Constantinople par l'abbé Martin. Étant lui-même un moine de l'abbaye de Pairis en Alsace, il écrit les mémoires de son abbé vers 1207 ou 1208. Dans son récit, il tente de justifier le pillage des reliques de Constantinople en prétendant que les Grecs étaient devenus indignes de posséder de tels trésors.(11)

Quant à Nicetas Choniate, il nous est de la plus grande utilité en ce qui a trait à l'opinion byzantine de la conquête de Constantinople. Si nous considérons que l'histoire est trop souvent écrite par les vainqueurs et très peu par les vaincus, l'Histoire des Comnènes de Choniate demeure d'une importance capitale. Bien que brefs, ses propos sont chargés d'émotion et décrivent avec détails l'angoisse ressentie par les Byzantins au moment où les Francs dévastaient leur ville. Sans oublier que Choniate était un haut dignitaire de l'administration byzantine et que l'exactitude de ce qu'il nous avance fait de lui un excellent historien.(12)

Finalement, la Chronique de Morée, bien que fortement critiquée pour l'inexactitude et le caractère souvent légendaire de ses faits, nous offre une toute nouvelle perspective sur l'histoire de la quatrième croisade. En effet, ayant été produite à une date tardive, soit au début du XIVe siècle (1324 ou 1328) (13), elle avance parfois des hypothèses fort contestables, dont celle que le Pape Innocent III aurait été l'auteur de la déviation des croisés vers Constantinople dans le but de "liquider" le schisme. (14) Toutefois, cette accusation nous permet de voir l'animosité qui existait toujours entre Grecs et Latins au XIVe siècle sur la question du schisme et de la prise de Constantinople en 1204. (15) En fait, ce que cette chronique nous offre est la vision du XIVe siècle de la quatrième croisade, de même qu'une description fort détaillée de l'installation des Francs dans le Péloponnèse. Son auteur, quant à lui, nous est inconnu. Certaines hypothèses prétendent qu'il serait né en Grèce, tout en étant de descendance franque, étant donné le mélange étonnant de grec et de français qu'il nous offre, de même que les accusations qu'il lance envers les Grecs "perfides". (16) De ce fait, étant issu de deux cultures, cet auteur nous dresse un portrait intéressant des relations entre Grecs et Latins suivant le XIIIe siècle.

Sans plus tarder, examinons cette curieuse et controversée expédition que fut la quatrième croisade.


Références:
(1) Noël Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, Paris, Union générale d'éditions, 1966, p. 14.
(2) Plusieurs ont critiqué la sincérité de Villehardouin. À ce sujet, voir l'étude de Edmond Faral, "Geoffroy de Villehardouin: la question de sa sincérité", Revue historique, 1936, p. 530-582.
(3) Natalis de Wailly dans G. de Villehardouin, Histoire de la conquête de Constantinople, Paris, Librairie Hachette et cie, 1870, p. X.
(4) N. de Wailly dans G. de Villehardouin, Histoire de la conquête de Constantinople, p. V.
(5) N. Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, p. 14.
(6) N. Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, p. 15.
(7) N. de Wailly dans G. de Villehardouin, Histoire de la conquête de Constantinople, p. X.
(8) N. Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, p. 16.
(9) Philippe Lauer dans R. de Clari, La conquête de Constantinople, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1956, p. VIII.
(10) P. Lauer dans R. de Clari, La conquête de Constantinople, p. VIII-IX.
(11) N. Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, p. 17.
(12) Gérard Walter, La conquête de la Terre Sainte par les Croisés, Paris, Albin Michel, 1973, p.342.
(13) J.A.C Buchon, Chroniques étrangères relatives aux expéditions françaises pendant le XIIIe siècle, Paris, Paul Daffis (libraire-éditeur), 1875, p. XII.
(14) J.A.C Buchon, Chroniques étrangères relatives..., p. 13.
(15) N. Coulet dans G. de Villehardouin et R. de Clari, Ceux qui conquirent Constantinople, p. 18.
(16) J.A.C Buchon, Chroniques étrangères relatives..., p. XII - XV.

ROBERT DE CLARI EN AMINOIS CHEVALIER

 

ROBERT DE CLARI EN AMINOIS
CHEVALIER


MESSIEURS,

A la séance du 11 mai dernier, notre collègue M. Durand vous offrait, de la part de M. Ch. Bréard, aussi de notre Société, un bel exemplaire relié de « li Estoires de chiaus qui conquisent Constantinople de Robert de Clari en Minois chevalier. »

Cette édition, donnée par M. le comte Riant de l'institut, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de Copenhague1, est rare pour des raisons qu'une note très intéressante de M. J. Kaulek, placée sur la feuille de garde en tête du volume offert et datée de Janvier 1878, nous fait amplement connaître.

Elle réduit, à sa véritable proportion, l'incident un peu romanesque auquel M. Alfred Rambaud2 attribue la destruction de cette publication. L'éditeur lui-même en a donné l'ordre avec l'intention de présenter un texte plus correct. La mort seule a été l'obstacle qui a arrêté le comte Riant dans son œuvre.

M. Rambaud donne, comme lieu de naissance de Robert de Clari, le village de Clairy-Saulchoy au S.-O. d'Amiens.

Pour lui, le chroniqueur de la IVème croisade n'est pas noble ou peu s'en faut. « De petite noblesse  il possédait à Amiens, d'après les renseignements locaux, une boucherie3 » ; et quelques lignes plus bas :
« Notre Robert de Clari l'Amiénois (sic) était-il  chevalier ? Il se donne cette qualification dans « son livre : on aurait quelque motif, comme on va « le voir, à la lui contester. »

Suit une étude sur li Estores rendant justice au talent du chroniqueur, à l'originalité de ses remarques, à l'exactitude de ses informations, à la vie naïve répandue dans son récit, à sa fidélité à décrire les faits et gestes de ses compagnons Artésiens et Picards.

Robert de Clari n'est pas Amiénois.
Il est chevalier de Clari en Amiénois.

Fils de chevalier, chevalier lui-même, cela ressort de son assertion et des actes authentiques où il a figuré et que nous citons à la suite de cette notice, comme pièces justificatives.

Nous n'avons pas pu vérifier s'il avait un fief sur les boucheries d'Amiens.
De quel village de l'Amiénois l'auteur tirait-il son nom ?

Robert de Clari, le vaillant chevalier qui a raconté la croisade à laquelle il prit part, portait le nom d'un pays situé sur la rive droite de la Somme. Il était de Cléry, écart dépendant, aujourd'hui, de la commune de Pernois, figurant, au dénombrement de 1896, avec une population de 7 habitants4

Aux XIIème et XIIIème siècles, Cléry-les-Pernois s'appelait Clari et il ne faut pas le confondre avec Clairy-Saulchoix5 non plus qu'avec Cléry-sur-Somme6 qu'à cette époque on rencontre, dans les textes, sous le même vocable, Clari.

Clari ou Cléry-les-Pernois était englobé dans les grandes possessions de la maison d'Amiens.
Cette famille très importante descendait des Châtelains d'Amiens (3) qui avaient lutte contre Louis le Gros, l'évêque S‘ Geoffroy et les bourgeois de la cité pour empêcher l'établissement de la charte communale (1113-1117). Elle possédait sur la rive droite de la Somme, au N.-O. d'Amiens, remontant jusqu'à l'Authie, l'Etoile (4), Flixecourt {5), Vignacourt (6), Flesselles (7), Talmas (8). Havernas(9), Canaples(10), Outrebois(11).
Les de Clari étaient ses vassaux, le chef-lieu de leur fief siégeait entre Flixecourt et Canaples, à l'ouest d'Havernas, au nord de Vignacourt.

De Cléry-sur-Somme, ils auraient dépendu du comté de Vermandois : de Clairy-Saulchoy, ils eussent été encore de l'Amiénois, mais ils eussent tenu directement leurs terres des vidâmes d'Amiens, seigneurs de Picquigny. (I)

Ils sont de Cléry-les-Pernois, ils sont les féaux des d'Amiens, seigneurs de Flixecourt, de Vignacourt, de Flesselles, etc. Ils figurent, comme à leurs hommes » dans les actes pour leur donner l'authenticité par leur témoignage, ils les suivent, dans leurs expéditions, même celles d'Outre-mer, comme chevaliers, sous leur bannière, attestant leur puissance.

Le fief de Clari ou plutôt de Cléry-les-Pernois était, probablement à cette date, de la mouvance de la châtellenie de Vignacourt. IL dépendit plus tard de la temporalité de l'Evêché
Aux Archives Départementales de la Somme, on trouve un atlas, G. 79, et un répertoire des terres, G. 80, portées sur les cartes.

11 s'agit du village et terroir de Pernois appartenant à Mgr de Machault, évêque d'Amiens, de 1774 au Concordat.

Le fief de Cléry y ligure sous les cotes 3 à 13. La parcelle 6 que détiennent Quentin et Charles Gaffet est de 1 journal 21 verges 3/10 et renferme seule une masure : les autres sont non amasées.

La totalité est de 15 journaux 30 verges, soit 6 hectares 45 arcs 81 centiares et Pernois était du domaine épiscopal par suite d'une acquisition faite en 1282.

Le fief de Cléry est délimité :
Au nord, par la rivière de la Nièvre ;
Au sud, parle chemin de Berteaucourt à Halloy ;

A l'est, par les premières maisons de ce dernier village. Il touche presque au moulin d'Halloy.

A l'ouest, par la rue de Pernois que l'on appelle rue du Pont et qui, après avoir franchi la rivière, vient couper le chemin allant de Berteaucourt à Halloy pour gagner Vignacourt.

Gilon de Clari, père de notre chroniqueur (1), est vassal de Dreux d'Amiens, seigneur de Flixecourt, peut-être pour son fief de Clari, en tous cas pour d'autres fiefs. Il figure, dans un acte de 1195 où l'évêque d'Amiens, Thibault d'Heilly, repousse, au profit de l'abbaye de St Jean lez cette ville, les prétentions de Gilon sur les bois de Grislieu et les avoines adjacentes (1).

Dreux d'Amiens avait, en 1186, (2) donné à ladite abbaye, la dîme tenue de lui, sauf les fiefs de Manassès Calderon (3), et de Jean, fils de Guibert de la Croix, sur tout ce terroir et il avait confirmé sa pieuse libéralité devant l'évêque Thibault, par acte de 1190 (4).

Il mourut à la IIIème croisade où il accompagna le roi de France, Philippe Auguste, et Gilon de Clari éleva des revendications sur ces terres de Grislieu.

C'est alors qu'intervint la sentence de l'évêque déjà citée (1195) (5), où il imposait silence à Gilon. Pour empêcher le retour de semblables réclamations et de pareils troubles dans la jouissance des droits du couvent, Pierre d'Amiens, fils aîné de Dreux, confirma, tant en son nom personnel qu'en ceux de sa mère et de ses quatre frères, la donation paternelle (1195) (6).

On comprend que, dans la charte de 1186, dans sa confirmation, dans la reconnaissance par Pierre de la pieuse liberté de son père, Gilon de Clari ne paraisse pas,

Sa présence, dans les actes de 1186 et 1190, ne lui eut pas permis d'élever ses prétentions, en invoquant la bonne foi en 1195. — A cette même époque (1195), témoin dans la charte de Pierre, il eut prononcé, par ce seul fait, sa propre condamnation. Mais, l'année suivante, il remplit ses devoirs. Peut-être son suzerain l'a-t-il dédommagé en lui accordant quel qu'autre fief ?

Nous le voyons figurer, comme témoin, dans la donation de Messire Pierre d'Amiens à l'abbaye de Berteaucourt (1) et à ses hommes, du droit de pâture pour leurs troupeaux sur les prés de toute sa terre (1196) (2).

En 1202, quand le même Pierre donne aux Dames de Berteaucourt 6 setiers de froment, mesure de Domart (3), à prendre à la Saint-Rémi, sur son moulin dit de St-Jean entre Berteaucourt et Pernois, Gilon figure encore dans cet acte de pieuse fondation à ses voisines (1).

Il a, du reste, paru antérieurement avec son fils Robert, notre chroniqueur, dans des chartes importantes de son suzerain.

Pierre d'Amiens, seigneur de Flixecourt, Vignacourt, Flesselles, etc., voulut suivre l'exemple de son père et voir la Terre Sainte. Il prit la croix. Déjà, depuis 1197, un saint homme, Foulques de Neuilly, curé de ce lieu près de Lagny-sur-Marne, appelait, dans l'île de France, à la délivrance de Jérusalem.

Le 28 Novembre 1199, dans un tournoi près d'Ecry (2), Thibaut, comte de Brie et de Champagne, et Louis, comte de Blois et de Chartres, firent vœu de partir outre-mer.

Le jour des cendres 1200 (23 février), le comte de Flandre et de Hainaut, Baudouin, et les gens de son pays suivirent l'exemple des Champenois et des Chartrains.

Peu après, Hugues, comte de Saint-Pol, son neveu ou cousin germain, Pierre d'Amiens, et bon nombre d'Artésiens et de Picards se joignirent aux groupes précédents (1).

Eu Juin 1200, Pierre, qui était allé au Goulet près de Vernon (2) où le roi de France, après un traité avec le roi d'Angleterre, avait fait le mariage de son fils Louis et de Blanche de Castille (mai 1200), au retour des fêtes et tournois donnés en cette occasion, tomba gravement malade à Meulan (3). Il fit son testament, entouré de chevaliers et de moines picards qui avaient assisté à ces solennités et, pour rémission de ses péchés donna, à l'abbaye S‘-Jean d'Amiens, 20 arpents de bois touchant à Ollaincourt (l) et au Bois l'Abbé (quod neraus abbatis dicitur) (2).

Parmi les chevaliers qui sont témoins dans cet acte figurent : Enguerran de Picquigny, vidame, Hugues de Fontaines (3), Hugues de Villers (4), Aleaume Caperon (5) Enguerran de Ilaidincourt (6) Guarin de Belloy (7) Jean de Nesle (8) Pierre de Salouel (9).

Parmi les religieux : Odon, abbé de St-Jean d'Amiens, son sous-prieur Jean, Raoul Prieur, Jean Froiterie (10) moines de Ste-Marie du Gard (11).

Revenu à la santé, Pierre d'Amiens regagna ses domaines de l'Amiénois. En mai 1202, avant de les quitter de nouveau pour partir outre-mer, il confirma sa donation précédente et y ajouta 15 arpents de forêt.

Ces bois, voisins du terroir d'Ollaincourt et du bois de la Gressoye, étaient situés sur un fief de Hornast (1), séant à Vignacourt, relevant de la châtellenie du dit lieu et tirant vers Havernas.

Dans cette charte, on rencontre, parmi les témoins, Gilon de Clari et son fils, le chevalier Robert.

L'évêque d'Amiens, Thibaut, vidime, par un même acte, le testament de 1200, sa confirmation et l'adjonction faite en 1202. Il insère aussi l'abandon, par divers prétendants, de droits sur les avoines contiguës au bois de la Gressoye (2), car les terres cédées sont défrichées ou des tinées à l'être, le donateur et l'évêque le reconnaissent par l'expression jugera in novalia redacta (3)

Gilon et Robert de Clari sont nommés parmi ceux-ci qui ont fait cette renonciation ainsi que Baudouin de Hamelaincourt que nous retrouverons à la croisade (J).

Ils sont vassaux de Pierre d'Amiens et ont pu posséder, à titre de fief, des parties de dime sur cette terre qu'il entend abandonner libre à l'abbaye S* Jean.

Nous avons vu les de Clari, le père et le fils, remplir, dans les actes do leur suzerain, les fonctions de témoins pour authentiquer par leur présence et consolider, comme vassaux, ses pieuses libéralités.

Robert de Clari va suivre son seigneur en guerre, même au-delà des mers. C'est à cette fidélité, jointe au désir de faire son salut, que nous devons la chronique où il décrit, avec tant de passion, les gestes de Pierre d'Amiens et les prouesses du petit groupe picard et artésien dont il fait partie.

Les termes chaleureux qu'il emploie quand il parle de ce chef de maison dont il suit la bannière, le soin qu'il a de souligner la part importante qu'il tient dans l'armée des croisés (2) ne laissent pas le doute sur le lien féodal qui l'unit à Pierre.

Tous les traits de ce récit naïf et coloré font saillir la part glorieuse prise à la conquête de Constantinople par ce cher seigneur, si beau, si vaillant, si preux (1).
« Après la Pâque entor de la Pentecostc (2 juin 1202) encomeneierent à movoir li pelerin de a lor païs. Et sachiez que mainte lerme i fu ploree de pitié al departir de lor païs de lor genz et de lor amis (2). »

Robert de Clari nous fait connaître un certain nombre d'Artésiens et de Picards qui accompagnèrent le comte de St-Pol et le seigneur de Flixecourt, Vignacourt, Flesselles.

Parmi les derniers dont beaucoup étaient vassaux de Pierre d'Amiens, on remarque:
« Thumas uns clerc, ses frères, qui canoincs estoit d'Amiens (3), Willames d'Embreville (1), Aleaumes de Clari en Aminois li clercs (2), qui moult y fu preus et moult y fist de hardement et de proesches. »
Parmi les seconds :
Beauduins de Biauveoir (3), Mahiex de Wauslainscourt (4), Wistasses de Canteleu (5).
Enfin nous signalons encore de notre région :
« Mesires Enguerrans de Bove (6), lui quart do quart de frères : li uns en eust à nom Robers, li autres Hues, et uns clercs leurs frères, Nicholes de Malli (l), Mahiex de Monmorenchi li castelain de Corbie, Aleaume de Sains, (2) Villerames de Fontaines (3).
On connaît, le sort de cette croisade.
Les Vénitiens, pour prix du transport, détour¬nèrent les pèlerins à la prise de Zara, puis on alla, sous l'influence du marquis de Montferrat, à Constantinople, détrôner Alexis III l'Ange et le remplacer par Isaac II et son fils Alexis IV.

Après l'assassinat de ces derniers par Murzuphle, les Latins attaquèrent, une deuxième fois, Constantinople et partagèrent l'empire.

Dans ce haut fait, les Picards firent merveille (13 avril 1204). Pierre d'Amiens, qui paraît avoir de la décision et du coup d'œil, débarque avec une poignée d'hommes pour faire diversion et permettre aux croisés, qui ont pris deux tours, d'avancer sur les murailles.

Nous laissons la parole à Robert de Clari qui joua le rôle d'acteur dans cet audacieux coup de main (1).

« Quant ils furent descendu, si wardent avant, a si veoient il une fausse posterne dont li uis avoient esté osté, si estoit murée de nouvel ; si vient il là (Pierre d'Amiens), si avoit avec lui bien X chevaliers et bien lx. serjans. Si i avoit i. clerc, (Aleaume de Clari avoit à nom), qui si estoit preus en tous besoins, que ch'estoit li premiers à tous les assaus où il estoit ; et à le « tour de Galatha prendre, fist chis clers plus de proesches, par sen cors un pour un. que tout chil de l'ost, fors seigneur Pierron de Braiechoel... (2). Quant il furent venu à chele posterne, si commenchierent à pikier moult durement, et quarel voloient si dru, et tant i getoit on de pierres de lassus des murs que il sanloit en aises k'il y fussent enfoi ès pierres, tant en i getoit on ; et chil de desous avoient escus et arges dont il couvroient chiaus qui pikoient a le posterne ; et getoit on leur de lassus pos plains de pois boulie, et fu Griois, et grandesmes pierres, que ch'estoit miracles de Dieu que 011

ne les confondoit tous ; et tant i soufîri mesires Pierres et se gent,d'ahans et de grietés que trop ; et tant pikierent à chele posterne de hasches, et de boines espées, d'ès debous et de pis, que il i fisent i. grant pertuis, et quant chele posterne fu perchie, si eswarderent parmi, et virrent tant de gent, et haut et bas, que sanloit demis li mondes i fust, si qu'il ne s'osoient enhardir d'entrer i.

« Quant Aleaumes li clers vit que nus n'i osoit « entrer, si sali avant, et dist qu'il i enterroit : si avoit illuec un chevalier, i. sen frère, (Robers « de Clari avoit à nom'i qui li deiïendi, et qui dist qu'il n'i enterroit mie, et li clers dist que si feroit ; si se met ens à piés et à mains, et quant ses frères vit chou, si le prent par le pié, si commenche à sakier à lui, et tant que, maugré sen frère vausist ou ne dengnast, que li clers i entra. Quant il fu ens, se li keurent sus tant de ches Grieus que trop, et chil de deseur les murs li acueillent à geter grandesmes pierres ; quant li elers vit chou, si sake le coutel, si leur keurt sus, si les faisoit aussi fuir devant lui comme bestes, si disoit à chiaus de defors, à seigneur Pierron et à se gent : Sire, entres hardiement, je voi qu'il se vont a moult desconfisant et qu'il s'en vont fuiant, Quant mesires Pierre 0i chou, et se gent qui par dehors erent, si entra ens mesires Pierres et se gent si ne fu mie plus que li disime de chevaliers, mais bien i avoit lx. serjans avec lui, et tout estoient à piés laiens. Et quant il furent eus, et chil qui estoient seur les murs et et en chel endroit, les virrent, si eurent tel peur qu'il n'oserent demorer en chel endroit. ains widierent grant partie du mur, si s'enfuirent qui miex miex ; et li empereres Morchofles li traîtres eatoit moult près d'illuec, à mains dele getée d'un cailleu, et faisoit sonner ses buisines d'argent, et ses tymbres, et faisoit un moult grant beubant.

« Quant il vit monseigneur Pierron et se gent qui estoient ens à pié, si fist moult grand sanlant de lui corre sus, et de ferir des esperons, et vint bien dusques en mi voies ; quant mesires Pierres le vit venir, si commencha à reconforter se gent et à dire : «Or, Seigneur, or du bien faire, nous arons jà le bataille ; veschi l'empereur, où il vient ; wardes qu'il n'i ait si hardi cc qui refust ariere, mais or penses du bien faire.

Quand Morchofles (1) li traîtres vit qu'il ne « fuiroient nient, si s'arresta, et puis se retorna ariere à ses tentes. Quant mesires Pierres vit que li empereres fu retornés, si envoie il i, troupe de ses serjans à une porte qui près estoit d'illuec,et kemenda que on le despeschast, et que on l'ouvrist ; et chil alerent, si commenchent à buskier et à ferir à chele porte et de haches et d'espées, tant qu'il rompirent les verax de fer qui moult estoient fort, et les flaiaus, et qu'il ouvrirent le porte. »

Les croisés entrent, Murzuphle s'enfuit. La cité était prise. Le pillage commença et dura les 14, 15 et 16 avril. Une éclipse de lune y mit fin (1).
Puis vint le partage du butin : après, l'élection et le couronnement du comte Baudoin de Flandres comme empereur.

Dans l'expédition de Salonique, pour prendre possession de cette ville et de la région environnante, il y eut de nombreuses pertes par suite de maladies (1204).

« Àdont si avint moult grans damaches et moult grans deus en l'ost, que mesires Pierres a d'Amiens, li biaus et li preus mourut au repairicr, à une chité (le Blanche l'apeloit-on (2) qui estoit moult près de Philippe, là où Alixandres fu nés) et si i moururent bien 1. chevaliers (3),

Peu après, au commencement de 1205 (mars ou avril) le comte de Saint-Pol fut aussi enlevé de maladie.

« Après si avilit moult grans damaches eu l'ost « que li cuens de Saint-Pol morut, ne demora waires (1), »

Robert de Clari voit disparaître la dernière personne le rattachant à son pays et à la famille d'Amiens.

Dans sa chronique, huit pages contiennent, depuis la mort de son suzerain, ses impressions du milieu de 1204 au milieu de 1216.

Il semble avoir perdu tout entrain pour relater les faits qui se passent autour de lui et être envahi par l'indifférence depuis la rupture du lien de vassalité qui l'unit à Pierre d'Amiens, ou plutôt Robert de Clari, revenu en Amiénois, termine sa chronique d'après des récits de compagnons d'armes rentrés au pays après lui, car il semble avoir été de retour vers J206 : il rapporta de Constantinople des reliques qui enrichirent le trésor de l'abbaye de Corbie.

Benoit Coquelin, dans Historiæ regalis abbaliæ Corbeiensis compendium (1) dit en «écrivant le reliquaire qui les contenait quod ex capellâ palatie Imperatoris clesumptum hue a Robillardo de Clari Constantinopolitann ex urhe delatum est.

L'éditeur M. Garnier, cite, en appendice (note A), un inventaire des reliques de Corbie écrit au commencement du XIIIe siècle où ont lit : Sanctuarium quod Robertus miles de Clari attulit Conslantinopoli. C'est par erreur qu'il donne 1200 comme date à cette pièce dont il n'indique pas du reste la provenance et qui est le manuscrit 527 de la Bibliothèque communale d'Amiens, car, à cette époque, Robert de Clari n'était pas encore parti à la croisade.

Son frère Aléaume, le vaillant clerc, l'accompagna pour rentrer au pays ; il mourut chanoine d'Amiens, donnant au Chapitre la dîme de Blangy et son anniversaire se disait le 17 juin (15° jour des calendes).(2)

Corbeiensis compendium , dit en décrivant le reliquaire qui les contenait quod ex capellâ pala- tîe Imperatoris desumptum huc a Robillardo de Clari Constantinopolitana ex urbe delatum est.


Sources : Auteur d'une chronique de la IVe Croisade (1200-1216)
par M. Georges BOUDON

 

Annotations

3 Mém. de l'Acad. de Caen, loco citato, p. 118.
Les renseignements de M. Rambaud paraissent avoir été puisés dans le Dénombrement du temporel de l’évêché d’Amiens en1301 publié par Garnier (Tome XVII des Mém. de la Soc. des Antiq. de Picardie). A. la page 242, on lit au chapitre.
Vecki les chens des Grans Maisiaus d’Amiens.
« Wilars de Hailly de la maison qui fu Baudoin de Clari xij d .. .
« Jehans de Clari pour le tiers de la maison qui fu Raoul « Lenglet iiij d. . ».
II y a là des bouchers portant le nom du pays dont ils sont originaires.
Dans ce cas, est-ce un Clari venant de Clairy-Saulchoix ou de Cléry-sur-Somme ou de Cléry-lès-Pernois.
Peut-être y voit-on aussi les noms des propriétaires des immeubles, car, dans cette liste, on rencontre : l’ostelerie d’Amiens pour le maison qui fu Esrache Cuer ij (d.) payé à le Toussaint. Et l’Hôtel-Dieu n’exerça jamais le métier de boucher, il louait ses maisons.

Compléments d'enquêtes

 

DOCUMENTS NOUVEAUX
SUR ROBERT DE CLARI
 M. G. BOUDON


Robert de Clari, chevalier, revint de Constantinople et rapporta nombreuses reliques dont il dota l’abbaye de Corbie(1).

Son frère, le clerc Aleaume, mourut chanoine d’Amiens (2) tandis que son aîné Robert, installé à Cléry-les-Pernois, au manoir contigu à Halloy ou même placé sur Halloy d’après certains documents presque contemporains, faisait souche dont on retrouve la trace.

Voici ce que l’on rencontre sur ses descendants :

Accord entre Jean de Cherchemont, évêque d'Amiens, et Jean de Clari, chevalier, seigneur de Gézaincourt, sur le procès pendant entre eux devant le prévôt de Beauquesne, au sujet du manoir et appartenances en la ville de Halloy aboutant à l'eau par derrière et par devant à la rue dudit Halloy, samedi après la St-Luc, 19 octobre 1342( 3).

Dans ma lecture sur Robert de Clari (juin 1897)(4) je signalais, que la masure, existant sur le fief de ce nom et paraissant être le chef-lieu dudit fief à Pernois, était, au XVIII, attenant aux dernières maisons de Halloy.

Quant à Jehan de Clari, les Archives Nationales renferment un dénombrement et aveu de Jehan de Clari, écuyer, seigneur de Gézaincourt, dans un registre du XIVeme siècle de la prévôté de Doullens (5)
Ce doit être lui qui, après avoir été armé chevalier, fit comme seigneur de Gézaincourt l’accord de 1342 et cette date donne une limite extrême de la confection du manuscrit déposé à Paris.

On trouve encore un aveu et dénombrement, baillé, le 16 mai 1383, par Jehan d’ Esclary (de Clari) dit Lancellot, seigneur de Gézainzourt pour sa terre et seigneurie mouvant du roi à cause de son château de Doullens(6).

Nous retrouvons Lancelot dans le dénombrement de l’Evêché d'Amiens de 1390.
Hommes de fief de l’Evêché d’Amiens.

« Item Lancelot de Clary, chevalier, est et doibt estre homme liges dudit évesque à cause « de ung petit fief séant à Halloy emprès Pernois(7).

Je rappelle qu’en 1195 Gilon de Clari fut, par sentence de l’évêque Thibault d’Heilly, débouté au profit de l’abbaye S‘-Jean de ses prétentions sur les défrichements de Grislieu (8) et que Pierre d'Amiens qui reconnut la validité de la sentence dut indemniser ce fidèle vassal de sa famille dont le fils va le suivre outre-mer et l’illustrer en rappelant ses exploits.

Je cite deux extraits des Archives de l’Hôtel- Dieu d’Amiens qui paraissent confirmer cette hypothèse car ils montrent un fief de Clari sur Vignacourt possédé en mai 1517 (9) par l’Hôtel- Dieu que l'on retrouve encore affermé en 1586 (10) par le même établissement.

Anthoine Deschamps, maître et administrateur de l’Hôtel-Dieu, (mai 1517), nous dit :

En ce temps furent baillées les terres de Vinacourt nommé le fief de Clari contenant journeulx de terres ou environ à Jehan du Crocq sensier de Emont (11) et à Jehan Ganais, a son beau-filz, pour en joyr par eulx l’espasse de XVIII ans parmy rendant, chacun an, VIII muids de blé à IIII deniers près du meilleur et XII livres d’argent pour l’avoine dont lectres furent passez devant deux notaires royaulx et passé par devant le couvent dont a y eu pour ce faire pour le vin VI escus d’or. »

En manchette Bail des terres de Pernois.

Dans le compte de Boullet pour 1586 (12) nous trouvons cet article sous la rubrique Vignacourt « Soixante-six journaulx de terres ou environ nommé le fief de Clery scituez au terroir de Vignacourt tenant d’un costé à Collinet Beuger, d’un bout aux Chartreux d'Abbeville, adjugé à Jehan Wallon à sept muidz de bled, mesure d’Amiens, deux livres de cire, quatre escus d’or sol. pour le vin du marché et aux charges portées à l’adjudication du 20 novembre 1585 pour en jouir neuf ans commenchans pour première despouille 1586.

Une note du comptable à la suite de l’article nous apprend que Wallon devait en outre 4 écus sol. chaque année,

11 y avait donc, sur Vignacourt, un autre fief de Clery de 66 journaux environ, peu distant de celui situé à la limite des terroirs d’Halloy et de Pernois,

La comparaison de ces deux documents provenant de l’Hôtel-Dieu nous montre que l’Agriculture n’avait pas fait grand progrès pendant le XVIème siècle, et même que les redevances en nature paraissent avoir légèrement diminué. Quant au pouvoir de l’argent, il a baissé. Les guerres avec les Espagnols, les luttes de la Ligue rendent très variable l’importance de la redevance en nature et doivent créer bien des difficultés aux malheureux censiers obligés de racheter leurs livraisons en grains.

Ainsi les premiers fermiers payaient par an 8 muids de blé, de bonne qualité, mesure d'Amiens, 12 livres en argent et, outre les charges, 6 écus d’or à la rose pour le vin du marché.

Or, dans le même Journal de Deschamps, vers la même date (mars 1516-1517) un blé de bonne qualité est apprécié pour le fermier de Renauval (13) qui rachète sa redevance en nature 5 s. 6 d. le setier, soit 99 s. le muid.

Le muid, mesure d’Amiens, contient 18 setiers, le setier vaut 34 1. 64 (14).

En 1517, la livre d'argent équivaut, d’après les appréciations de Lober corrigées suivant les indications de de Foville, à 34 Fr. 62 de notre époque. Si nous suivons les données du vicomte d'Avenel nous aurons 19 Fr. 60 pour la livre.

L'écu d’or à la rose est, dans notre région, pris à cette époque pour 40 s. t. (15).

En 1586. Jehan Wallon doit 7 muids de blé, 2 livres de cire, 4 écus et pour le vin 4 écus sol Or le blé vaut, d’après le registre Boullet, 70 s. le setier, la livre de cire 16 s. et à cette date, l'écu soleil entrait dans les comptes pour 60 s. t. m.

Sur l’appréciation de la livre tournois, Lëber el le vicomte d’Avenel se rapprochent sensiblement l’un avec correction donne 7,118, l’autre 7,425.L’article de M. Rambaud sur Robert de Clari est intéressant comme analyse de la chronique : au point de vue critique il n’a pas de valeur.

Faire des Prussiens, lors du bombardement de Paris, les auteurs de la destruction de l’édition préparée par le comte Riant, transformer le chevalier Robert en un boucher démocrate cc sont des assertions qui dénotent un manque d’étude approfondie.

Dans la Revue Critique (n° du 21 Décembre 1872), M. P. Meyer a fait justice des fantaisies de M. Rambaud, mais il n’a pas pu suivre le retour au pays natal de notre compatriote comme nous en ont fourni la preuve nos archives locales.

Amiens, le 12 Juillet 1898.
NOTA. — Des recherches dans les Archives
Hospitalières d’Amiens nous ont donné, ainsi que nous l’avons indiqué, page 374 note 9, l’acte de vente de ce fief de Cléry ou Clari entre Clery, Halloy-lès-Pernois et Vignacourt.

Le 10 Juillet 1194, Waleran Jourdain, muni de la procuration do Georges de la I'Haye, écuyer, demeurant à Toumehern (16), vendait devant Jacques du Peustich et Anthoine de Coquerel, auditeurs royaux à Amiens, un fief de 64 journaux (17) de terres labourables, sis terroir de Vignacourt tenu à plein hommage par 60 solz de relief, 20 s. de chambellage et 60 s. d’aide, le cas échéant, de la terre et seigneurie de Bonneville (18) aux maitre, frères et sœurs de l’Hôtel -Dieu et saint Jean-Baptiste en Amiens.

Cette vente était faite moyennant le prix de 400 livres, de l’assentiment de Madame Jacqueline de Carneux, dame de Fieffes (19) et de la Bonneville, mère dudit Georges et de Charles de la Haye son frère aîné, seigneurs indivis dudit lieu de la Bonneville.

Sources :
Bulletin Société des Antiquaires de Picardie - Tome 20 - p. 372 à 379



 

Annotations

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie 1897 Tome 3 Robert de Clari p. 721
(2) Ibidem
(3)Arch. Dép. de la Somme, Série C. Evêché d’Amiens G. 83. Halloy.
(4) Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1897, ut supra, p. 700.
(5) H. Cocheris — Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, T. XVI, p 13.
(6) H. Cocheris. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, T. XVI, p. 429.
(7) Archives Départementales de la Somme, G. 219, f° 42.
(8) Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1897, ut suprà.
(9) Archives Hospitalières d’Amiens, Journal inédit d'Anthoine Deschamps, E. 128, et B 89, Halloy-les-Pernois, Vidimus de l’acte de vente.
Cette terre fut achetée, le 10 juillet 1490, par l’Hôtel-Dieu d'Amiens à George de La Haye, écuyer, demeurant à Tournehem pays de Langle (auj. commune d'Ardres arr. de St-Omer) du consen­tement de sa mère dame Jacqueline de Carneux, dame de Fieffes et de la Bonneville et de son frère aîné Charles de la Haye.
Ce fief comme le démontre une mention contemporaine au dos du vidimus dépendait de la seigneurie précitée.
« Lettres de l’acat d’un fief contenant LXIV journaux de terre situés entre Halloy et Vignacourt tenu en hommage de la seigneurie de la Bonneville auprès de Fieffes-Vinacourt.»
La terre était sur Vignacourt, versant Ouest du plateau descendant vers la Nièvre.
(10) Ibid. Compte d'Estienne Boullet non classé.
(11) Archives Départementales de la Somme. — Titres de Bourbon comte d'Artois, Seigneur de Picquigny — Reg E, 144, f® 3o8, r°
Esmond ou Emond. Il existait un fief Hémond terroir de Canaples, tenu en plein hommage de la chatellenie de Vignacourt.
Henri III avait fait visiter les maisons hospita­lières et réviser leurs comptes. Il entreprit la réforme de leur administration.
L'Hôtel-Dieu d’Amiens fut ajourné à comparaître devant le Parlement par arrêt du 4 novembre 1579 et le 14 mars 1580 un règlement lui fut donné.
L’évêque d’Amiens resta investi de l’administration supérieure mais il eut un conseil composé de deux personnes nommées par les magistrats du siège présidial et de deux autres choisies par le maire et les échevins. Il dut, en outre, s’jdjoindre deux receveurs ou contrôleurs pris par lui dans les laïques en dehors de sa maison pour trois ans (Ordonnance royale du 24 mars 1580 et arrêt du parlement 30 août 1586).
Les premiers furent Charles Gauguier, bourgeois, et Etienne Boullet, échevin, nommés pour« recepvoir et administrer le temporel de l’Hôtel-Dieu ».
(12) Renauval ou Reguauval, ferme de l'Hôtel Dieu d'Amiens à la limite de Vignacourt et de Vaux-Fremont, ayant, à une époque, formé un domaine de 393 journaux vignes, bois, près et terres labourables.
(13) Archives Municipales d’Amiens, 1791. — I2 Rapport inédit.
(14) De 1517 à 1535 le setier de blé valait à Amiens 5 s. 6 d ; (1517) 17 s. 8 d. à cause des guerres et stérilité , (1524-1525) 8 s. 6 d. et 6 s. ; (1527-1528) 10 s. ; (1528-1529-1530) 18 s.; (vers le milieu de 1530-1531) 6 s.; (1533-1534) 5 s.; (1534 à 1535) 5 s. 6 d. Archives Hospitalières d’Amiens, Série des comptes, passim.
(15) Archives Hospitalières d’Amiens Compte Boullet, chapitre des Recettes. Revente de blé à Pierre de Brocquevielle de Gapennes et du Vauchel d’Yvren à 70 s. le setier, mesure d'Amiens.
De Jean Wallon de Pernois pour 66 journaux nommé le fief de Clery scituez terroir de Vignacourt 32 s pour 2 livres de cire— En 1581-1582, le blé vaut 16 s. le setier, en 1603, même prix.
Le setier au blé, mesure d'Amiens, est de 34 Litres 64 cent.
Le setier de mars, » » 50 litres 36 cent.
(16) Voir plus haut, note 9.
(17 Le journal sur Vignacourt est de 42 ares 20 cent.
(18 Bonneville, canton de Domart-en-Ponthieu, art de Doullens.
(19) Fieffes, canton de Domart-en-Ponthieu.

Robert de Clari et les Reliques

 

...Villehardouin, diplomate au courant de tous les secrets de la politique, ne révèle pas ceux de la ville conquise. Bien différent est le « pauvre » chevalier Robert de Clari, qui se croise en 1202, et aide à conquérir Constantinople en 1203 et en 1204. C’est un simple soldat, qui combat dans le rang, mais il n’est ni rude, ni inculte. Sa description est un des documents les plus curieux parmi les relations du moyen âge; dans le récit simple et naïf du chroniqueur picard se reflète toute' la beauté de la capitale. 11 admire le palais du Boücoléon (Bouke-de-lion) et celui « de Blakerne », non moins riche, avec son trésor contenant les couronnes, les bijoux et les vêtements impériaux. Les « pèlerins » sont aussi émerveillés par les riches « moustiers », en premier lieu par le « moustier Sainte-Souphie » et par la Colonne de Justinien, qui s’élevait près de là. Le pauvre che¬valier ajoute foi au récit des Grecs, qui lui affirment, avec leur assurance bien connue, que l’empereur représenté était Héraclius.

Il visite aussi le « moustier » des Saints-Apôtres et les tombeaux impériaux, la Porte d’Or, où se dressaient les deux éléphants en bronze, l’Hippodrome, où il a vu les trente ou quarante gradins, sur lesquels les Grecs s’asseyaient pour regarder les jeux, la tri-bune impériale, les statues en bronze d’hommes, de femmes et d’aniiiiaux divers. Ailleurs, en la cité, il a remarqué deux autres statues de femmes, en bronze, très « bien faites et très belles ». De plus grandes "merveilles », sont deux grandes colonnes, au sommet desquelles on montait par un escalier intérieur; à l’extérieur « estoient pourtraites et escrites par pro¬phétie toutes les aventures et toutes les conquestes, qui sont avenues en Constantinople ». Ces colonnes, érigées sur le modèle de celle de Trajan à Rome, étaient l’une celle d’Arcadius !, l’autre celle que Théodose le Grand éleva, en 386, sur le forum du Tauros 2. Elles étaient au nombre des monuments les plus imposants de la ville; Robert de Clari en ignore même le nom. Il s’intéresse surtout, en homme du moyen âge, aux reliques et aux tombeaux, ainsi qu’aux richesses dont la ville regorgé •*. Constantinople, qui succomba, on le sait, le jour de Pâques fleuries 1204, fut livrée à l’incendie et au pillage pendant trois jours *. Beaucoup de ces trésors et de ces reliques furent dispersés dans tous les pays d’Occident .

Sources :
Constatinople byzantine et les voyageurs du Levant -1919- Jean Ebersolt p. 39 et 40

Dons à l'Abbaye de Corbie

L’auteur de « li Estoires de chiaus qui conquisent Constantinoble" était, selon toute vraisemblance, de l’ancien village de Clari, aujourd'hui Cléry-les-Pernois, à 23 kilomètres N. N.-Ouest d'Amiens, et non de Clari- Saulchoix, comme le veut le savant Alfred Rambaud (Mémoires de Académie de Caen, 1873). Clary et Clari dans les titres de Bertheaucourt-les-Dames, de 1196 et de 1202. Il eut pour chevetain (chef d’armée) Pierre d’Amiens, son suzerain, seigneur de Vignacourt, celui dont il a raconté tout au long les belles actions militaires. On sait par lui qu’il avait un frère, Aleaume de Clari, qui se distingua dans le siège de Constantinople. En 12C7, Robert de Clari était de retour dans ses domaines de Picardie. Il rapportait à la cathédrale d’Amiens de précieuses reliques dérobées lors du pillage de Constantinople par les Français et les Véni¬tiens. L’abbaye de Corbie, voisine du fief de Robert de Clari, eut part à ses largesses, Ducange cite une vieille inscription d’un reliquaire de Corbie où il est cité comme ayant fait don d’une partie du chef de saint Jean-Baptiste, de quelques cheveux du Christ, d’une partie de sa cou¬ronne d’épines, du saint suaire, d’un morceau du bois de la vraie croix, etc. Dans un Rotulus du xui9 siècle (Mss delà Bibl. d’Amiens, n° 527, Fonds de Corbie) on trouve de lui cette mention : — « Sanctuar quod Robertus — miles de Clari attulit Constantinopol ». — Son frère est cité dans le nécrologe du chapitre d’Amiens, comme donateur de la dîme de Blangy (Nécrologe, par M. l'abbé Roze, 1885).
Quant au manuscrit unique qui contient l’ouvrage de R. de Clari, il est conservé aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Copenhague.

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Date de dernière mise à jour : 17/02/2014