Historique du 109ème RAL

HISTORIQUE
du 109ème  Régiment d'Artillerie Lourde
(ANCIENNEMENT 4e GROUPE DU 1er  R. A. L.)
En 1914 l'Etat français décida la formation de 5 régiments d'artillerie lourde qui devaient être armés
avec les canons lourds existant alors : 120 Debange, 155 C. T. R. 1904, 120 court Baguet et 155 C. Baguet, etc., et avec des canons de 105 L. commandés à la maison Schneider. -
Le 2ème régiment d'A. L. fut désigné pour former le 1er groupe armé de 105 L. Sans la guerre, cette unité eût été formée en octobre 1914.
La déclaration de guerre de l'Allemagne à la France vient changer ces projets. Les établissements
Schneider étant en mesure de fournir 12 canons dès août 1914, la formation immédiate du 4ème  groupe du 2ème régiment d'A. L. fut décidée. Plus tard, en novembre 1915, ces régiments d'artillerie de la série 100 devaient changer ce groupe de nom et devenir le 1er   groupe du 109ème Régiment d'artillerie lourde.
FORMATION DU GROUPE
Ce fut au chef d'escadron Blumer, de la section technique de l'artillerie, que revint l'honneur de former le 4ème groupe du 2ème R. A. L. Les commandants de batterie furent pour la 10ème  batterie le capitaine Courcier, qui à Bourges avait étudié le canon au point de vue entretien ; pour la 11ème  batterie le capitaine Ramond, qui venait du service aéronautique de la place de Maubeuge; pour la 12ème batterie le capitaine Magnin, qui à Calais avait étudié le canon au point de vue balistique.
Le commandement du groupe des 3 colonnes légères qui devaient assurer le ravitaillement du groupe des batteries fut confié au capitaine Letang, ingénieur de la maison Schneider, très au courant du matériel. Cet officier, ancien artilleur colonial, avait dû quitter l'armée à la suite d'une blessure grave reçue à la jambe Mauritanie ; au début de la guerre, il s'engagea pour la durée des hostilités.
Les cadres, officiers, sous-officiers, le personnel, les chevaux, furent demandés tant au dépôt du 2ème  régiment d'artillerie lourde qu'aux dépôts des régiments de campagne qui se trouvaient près de Paris, principalement aux 12ème , 13ème  et 59ème régiments d'artillerie.
Le 15 août 1914, le groupe était formé et rassemblé à Joinville-le-Pont. L'instruction commença aussitôt et fut poussée très activement, en attendant des munitions et quelques caissons qui manquaient encore aux colonnes légères.
La fin d'août fut consacrée à l'instruction, et au début de septembre 1914 la retraite de nos armées mettant Paris en danger, le groupe dut quitter Joinville.
Les munitions et caissons devant venir de Lyon, il se déplaça le long de la grande ligne de Bourgogne vint stationner à Sens pendant la première quinzaine de septembre. Le 15 septembre, complet en munitions et en matériel, il recevait du G. Q G. l'ordre d'embarquer pour être amené dans la zone de bataille.
 
A suivre : Course à la mer

COURSE A LA MER

 

C'est sous les ordres du général Maunoury, commandant la 6° armée, que le 4e groupe du 2° régiment d'A. L. devait avoir l'honneur de recevoir le baptême du feu. La bataille de la Marne venait d'être gagnée, les Allemands s'étaient retirés sur la ligne de l'Aisne où ils nous avaient arrêtés. Débarqués à Nanteuil-le-Hauduin dans la-journée du 16 septembre. le groupe fut porté immédiatement, par étapes de nuit. Sur Villers-Cotterets; après quelques heures de repos, il reprenait sa marche et se dirigeait sur Vierzy, où il cantonnait. Le 18, le groupe fut mis à la disposition du groupement du général de Lamaze et les 3 batteries prirent position à 500 mètres au nord du village de Noyant. Dans la région de Soissons se trouvent de nombreuses et d'immenses carrières souterraines très favorables aux retranchements de l'infanterie Ce fut sur les entrées des carrières de Basly que le groupe tira ses premiers obus. Le temps était brumeux, l'observation difficile, aucun coup ne put être aperçu, pas plus par observateurs terrestres que par un observateur en avion venu à leur secours. Pour le commandant Blumer et ses capitaines grosse fut la déception, et elle le fut d'autant plus que la joie éprouvée par tous à d'être enfin mêlés dans la bataille avait été grande.

Le lendemain, le groupe fut plus heureux ; de gros mouvements de troupes ayant été signalés sur le plateau situé au nord de Fortiers et de Nouvion, le groupe mit en batterie un peu à l'ouest du village de Missy-au-Bois et les commandants de batteries eurent la satisfaction de prendre sous leurs feux un régiment d'infanterie qui, ne comptant que sur le 75, se croyait en parfaite sécurité. Ce fut en traversant Missy-au-Bois que le groupe reçut le baptême du feu : quelques obus de 77, qui heureusement ne causèrent aucune perte. Dans la soirée du 15, le groupe fut mis à la disposition

du 70 corps d'armée et se dirigea sur Coeuvre- Valserine. Le lendemain, il mettait en batterie un peu

 

A suivre : Artois

à l'ouest de Saint-Baudry, près du ca baret du «Chat embarrassé ». Le groupe occupa ces positions du

20 septembre au 2 octobre. Un avion, le ballon du capitaine Saconnet, furent mis à sa disposition pour l'observation. Il travailla soit à la contre-batterie, soit en harcèlement dans la région de Moulin-sous-Touvent et Autrèches. Les premiers jours, les batteries allaient chaque soir cantonner à la ferme du Murger, située à l'ouest de Coeuvre ; mais la fatigue occasionnée par ces déplacements était très grande et le groupe en vint à bivouaquer sur ses positions. Ce fut pour lui les premières journées de cette guerre de position qui devait durer pendant plus de quatre ans.

Pendant ces 12 jours, petit à petit le fronde l'Aisne se stabilisa ; la bataille s'était déplacée, Français et- Allemands cherchaient la victoire dans le même mouvement d'aile. Ce fut la course à la mer; le groupele le tut d'autant plus que la joie éprouvée par tous à la pendevait y prendre part. L'armée française ne possédait encore qu'un groupe de 105 ; elle tenait à en faire le meilleur usage. Le 2 octobre, le groupe quittait la 6° armée ; il était mis à la disposition de la 20ème  Armée, commandée par le général de Castelnau. Le 3, il cantonnait à Baugy au nord-ouest de Compiègne et le 4 octobre prenait position à Boulogne-la-Grasse, devant le front Roye-Lassigny, à la disposition du 131ème  C. A.; du haut de la tour du château de Boulogne-la-Grasse, on dominait toute la plaine de Roye.

L'artillerie allemande était nombreuse ; le 105 put faire du bon travail. C'est pendant ces quelques jours qu'au cours d'une attaque sur le bois des Loges, nos fantassins ravirent un drapeau aux Allemands.

La bataille continue à se déplacer vers le nord, le groupe continue à suivre la bataille; le 12, il est au

Quesnel, où il reste 4 jours, à la disposition du 14eC. A. Le 17, il est à Sylebermer, à quelques kilomères au nord d'Albert; il appuie le 1ère C. A. qui se bat autour de Thiepval.

La course à la mer se précipite; c'est à Ypres que la bataille va recommencer, le 4ème groupe du 2ème R.A. L. y est appelé d'urgence; le22 au soir, il quitte Acheux, et faisant 120 kilomètres sur route en deux jours, le 25 octobre il était en batterie à Saint-Jean, au nord d'Ypres. La 8ème armée, qui se constituait sous les ordres du général d'Urbal, le mettait à la disposition du 9ème C. A. arrivé, la veille.

Les premières journées d'Ypres furent calmes. De part et d'autre on se préparait. Le 31 octobre, les Allemands déclanchaient sur la ville une attaque formidable. menée avec leurs meilleures troupes. Nos troupes, les Anglais, faiblissaient sous cette poussée formidable. Ypres, aux trois quarts tournée, allait être prise.

L'endurance, la bravoure de nos troupes, sauvèrent une première fois cette ville sur laquelle les Allemands furieux allaient s'acharner de jour et de nuit. Le groupe Blumer prit une part très active à la bataille, soit par sa contrebatterie, soit par ses harcèlements.

Malheureusement dans ces pays extrêmement plats, le contrôle des tirs était très difficile, sinon impossible.

L'observation par ballons, par avions, n'était pas au point; on devait la plupart du temps se contenter

de tirs à la carte plus ou moins précis.

Le groupe put néanmoins faire en maintes circonstances œuvre très efficace, tel le 31 octobre où après avoir exécuté un barrage sur l'ennemi qui avançait du côté de Longemer et appuyait de ses 12 pièces le général Nurmy qui contre-attaquait sur la route de Ménin.

Le 1er 'novembre, la 1ère et la 3ème batterie se portaient au sud d'Ypres, près de la gare. La 2e batterie était détachée du groupe et engagée au mont Kemmel. La bataille se poursuivit acharnée pendant le mois de novembre ; malheureusement le 105 ne put y prendre toute la part qu'il aurait voulu. Le manque de munitions se faisait sentir plus encore pour lui que pour les autres canons, il fut réduit au silence et ne put hurler sa colère que les jours de grande mêlée, tel le 10 octobre. premiers hommes ; un obus arrivait de nuit dans un grenier où elle cantonnait et lui tuait trois hommes, le maréchal des logis mécanicien Paul, le brigadier Napoli, le canonnier Marty Quelques jours après, la 2e batterie perdait un homme, le canonnier Royet, tué par un éclat d'obus.

Dans ce mois de novembre 1914, si le groupe ne soutint pas trop du feu de l'ennemi, il eut un adversaire, la boue et le froid. Vers la fin de novembre, la fatigue était devenue très grande et l'on dut mettre une batterie sur trois au repos. Enfin le 8 décembre à la grande joie de tous, le groupe était relevé.

ARTOIS

 

Réuni, à Godewaersvelde; le groupe recevait le 10 l'ordre de se porter dans les régions d'Arras, où on le

mettait à la disposition de l'armée, sous les ordres du général de Mauclhuy. L'artillerie lourde de l'armée était réunie en trois groupements, sous les ordres du général Besse, commandant l'artillerie de l'armée, un dans la région de Bully-Grenay, un dans la région de Carency, le 3ème à Arras. Le général Besse, n'ayant qu'un groupe de I05 à sa disposition, dota chaque groupement d'une batterie, ce fut la dislocation du groupe ; elle devait durer pendant près d'un an. La 11ème batterie prit position à Bully-Grenay, la 121ème à Camblain-l'Abbé, la 10ème d'abord à Mareuil, puis quelques jours plus tard, elle détache une section à Arras. Le commandant Blumer prit le commandement du groupement central.

Pendant tout l'hiver 1914-15, le rôle des trois batteries fut assez peu important ; d'ailleurs son organisait le secteur; de part et d'autre, la crise des munitions continuait à se faire sentir, on tirait très peu; les quelques actions locales menées pendant tout cet hiver avaient pour but la préparation aux grandes attaques de printemps ; tels furent les combats pour la possession de la colline de Notre-Dame-de-Lorette d'où on avait des vues sur toute la plaine de Lens. Des généraux dont le renom devait être grand avaient le commandement du secteur : c'était Foch, commandant le groupe d es armées du Nord ; c'était Pétain, commandant le 33ème C. A. ; c'était Fayolle, commandant la 70ème D. I.

Au mois de février 1915, une, attaque ayant été menée dans la région d'Ostende, la 2ème pièce de la 11ème batterie fut détachée sous les ordres du lieutenant en premier de la batterie, le lieutenant Mirénovitz ; elle eut une conduite remarquable et revint avec une citation à l'ordre de l'armée des plus élogieuses.

En janvier, l'utilité du groupe des colonnes légères ne se justifiant plus, il fut renvoyé sur le dépôt.

Mai arrive, tout le secteur d'Artois sort soudain de son long sommeil ; les fantassins, les canons, les munitions, les avions, affluent de partout c'est la grande attaque qui se prépare. Nos troupes ont devant elles une longue suite de collines qui s'étendent d'Arr.as à Lens et qui les séparent de la grande plaine de Douai ; la crête de Vimy, la plaine de Notre-Dame-de-Lorette sont les clefs de cette attaque, qui doit nous conduire à la trouée des lignes ennemies, à la reprise de la guerre en rase campagne. Le 9 mai, à 10 heures, après une préparation d'artillerie formidable pour l'époque, nos fantassins enthousiasme s'élancent à l'attaque depuis Arras jusqu'à Lens. Au centre tout marche bien ; à midi, nos tirailleurs sont sur la crête de Vimy ; malheureusement aux ailes la lutte fut plus âpre : Neuville-Saint-Vaast, Carency, Souchez, Notre-Dame-de-Lorette, ne peuvent être réduits ; nos fantassins, pris à revers par les mitrailleuses, doivent reculer devant l'ennemi qui, surpris tout d'abord par cette poussée, commence à se ressaisir. La trouée, était manquée, la victoire nous échappait, de durs combats devaient être engagés par la suite pour stabiliser le secteur sur des positions favorables. C'est ainsi que de mai à juillet on conquit successivement Carency, Ablain-Saint-Nazaire, Souchez, Notre-Dame-de-Lorette, Neuville-Saint-Vaast et le Labyrinthe, ouvrage formidable qui se trouvait au sud-ouest de Neuville-Saint-Vaast.

Le 4ème groupe du 20ème R. A. L. fut mêlé intimement à toutes ces attaques. La 2ème batterie, surtout, écrivit une page brillante dans l'histoire du groupe. D'abord à Bully-Grenay ; elle prit ensuite position aux environs de Noulette, à 1.000 mètres derrière nos fantassins, d'où elle contribua fortement, par la précision et l'à-propos de ses tirs, à la prise de la colline de Notre-Dame-de-Lorette.

Un bon observatoire était-il signalé ou pris à l'ennemi : quel que soit le danger qu'il présentait, on suivi d'un des lieutenants Mirénovitz et Miossec, du sous-officier Mauras et de ses téléphonistes.

C'est ainsi qu'avant les attaques de mai on le vit soit à la Fosse II de Béthune, soit au crassier de la Fosse Calonne : puis après le 9 mai aux avant-postes à Lorette. - Pendant cette période si active, la batterie Ramond n'eut pas heureusement à déplorer de trop grosses pertes ; le lieutenant Mirénovitz, bien qu'assez fortement touché au cou par un éclat d'obus, refusa de se faire évacuer. Quelques hommes furent blessés par des balles d'infanterie.

De brillantes citations vinrent récompenser de si gros efforts : le capitaine Ramond et le lieutenant Mirénovitz furent cités, très élogieusement, à l'ordre de l'armée.

Placées dans un secteur où les vues manquaient sur les arrières ennemis, les 10ème et 12ème batteries jouèrent, par leurs contre-batteries, leurs harcèlements, un rôle important mais pourtant moins brillant que celui de leurs sœurs.

D'abord à Camblain-l'Abbé la 12ème batterie se trouve portée ensuite à Mont-Saint-Eloi. La 12ème batterie

avait dès la fin d'avril quitté Arras pour venir à Mareuil. L'une et l'autre eurent à déplorer des pertes,

la 12ème perdait le canonnier Morlaise, la 10ème le cycliste Jacquet et le maître pointeur Vincent. Juillet et août turent calmes 1 on se reposait des efforts fournis pendant les mois précédents ; la 1 batterie

quitta sa position du bois de Noulette pour une position plus calme, l'éperon Machis,dU N-.0. d'Ablain Saint-Nazaire. était certain d'y rencontrer le capitaine Ramond, La guerre se prolongeant au-delà de toutes prévisions, des permissions furent accordées aux troupes ; ce fut un réconfort moral. -Vers la fin de juillet, le capitaine Magnin dut quitter la 12ème batterie, appelé au sous-secrétariat des munitions ; quelques jours après, le capitaine Rémy, venant du 34ème R. A., le remplaçait.

Septembre arrive ; on prépare de nouvelles opérations. En même temps que l'attaque menée le 25 septembre en Champagne parle groupe d'armées du général de Castelnau, se déclenche sur le secteur Arras, Vimy, Lens, une nouvelle poussée de la 10ème Armée. Ces attaques ne donnèrent pas ce que l'on en attendait. On arriva sur la crête de Vimy sans pouvoir en déboucher. Des attaques locales menées dans les débuts d'octobre n'eurent pas de meilleurs résultats.

Le mauvais temps gênait d'ailleurs considérablement les opérations.

La 12ème batterie se transporta le 27 septembre du mont Saint-Eloy à Bully-Grenay, dans le bois des

Alouettes. La 10ème batterie, qui à l'attaque du 25 s'était installée à Bray-sur-Somme, vint à Noulette. Les trois batteries du groupe, séparé depuis plus d'un an, étaient revenues dans le même groupement. - Fin octobre fut décidée la formation d'un régiment lourd de corps d'armée. Des trois groupements de ces régiments, un, le premier, composé d'un groupe de 105 et d'un groupe de 120 i,,ret 2e groupe, fit partie organique du corps d'armée. Le 1er novembre le 1er groupe du 2ème R. A. L. prit le nom de 1er r groupe du 109ème R. A.L. et devint élément organique du 9ème C. A. dans le secteur duquel il se trouvait. Le commandant Charlier, un brave échappé de Maubeuge, prit le commandement du groupe et réunit les trois batteries dans Bully-Grenay ; les 1ère et 2ème batteries se mirent dans le Coron du Maroc, la 3ème batterie resta dans le bois des Alouettes. Le chef d'escadron Charlier eut un passage bien court au 1er groupe ; le 16 novembre, il prenait le commandement d'un régiment et il était remplacé par le chef d'escadron Fétizon qui quittait le 3ème bureau du G. Q. G. pour faire un stage dans la troupe.

Dès novembre, chacun s'installa de son mieux pour passer l'hiver. Le groupe était du reste des plus hospitaliers ; les caves des corons se transformaient aisément en abris solides et sains. Bully-Grenay, encore habité malgré la proximité des lignes, offrait de grandes ressources.

Bien logés, bien chauffés, les soldats n'eurent pas trop à souffrir du feu de l'ennemi ; à part les jours d'actions locales menées principalement autour du bois en H., l'activité du secteur est faible, l'artillerie ne fit plus guère que des harcèlements. Ils devaient malheureusement nous amener quelques pertes. Le 18 novembre, la 2e batterie perdait le maréchal des logis Régis, chef de pièce d'une bravoure sans égale ; le 3 décembre, le cycliste Mécuyer, de la 2ème, était blessé ; le 12, c'était le tour du téléphoniste Mondan ; le 5 janvier, c'était le capitaine Ramond qui, traversant Bully, fut atteint à la jambe et au côté ; il refusait de se faire évacuer. Mondan reçut la médaille militaire et la croix de guerre et Lécuyer la croix de guerre. Fin janvier fut organisé un repos pour le groupe.

Chaque batterie alla passer 15 jours à Fontaine-les-Boulans petit village d'Artois à proximité de Pernes.

Le 9 février, son stage terminé, le commandant Fétizon quitta le groupe pour rejoindre le G. Q. G. Le chef d'escadron Bumen, du 20ème  bureau du G. Q. G., -prit sa succession.

Quelques jours avant, le 4 février, le capitaine Courcier quittait brusquement sa batterie pour le ministère de la guerre ; le lieutenant Mirénovitz, de la 2ème batterie, prenait sa succession.

A la fin de février, le groupe eut l'honneur de donner asile au major Auguste de Lipinière, officier de l'armée italienne qui venait faire un stage dans l'armée française.

Le 10 mars, le 9ème C. A. était retiré du secteur et mis au repos dans la région de Berck. Son groupe de 105 le suivait et s'installait le 16 mars à Nampont-Saint- Martin pour y prendre un repos bien mérité.

Un accident devait, au départ de ce secteur de Lens, attrister tout le groupe si joyeux de partir au repos.

Entre Barlin et Bruay le cheval du maréchal des logis Girard, effrayé par un camion anglais, désarçonnait son cavalier ; le malheureux garçon roulait sous le camion et, écrasé, expirait peu après.

Du 10 mars au 10 avril, le groupe fêta un bon repos soit à Nampont-Saint-Martin, soit, à partir du 5 avril, dans la région de Saint-Just-en-Chaussée, dans les villages du Mesnil, du Plessieret de Fournival. Le repos ne fut guère coupé que par quelques manœuvres faites pour tenir le personnel en haleine. Fin mars, le capitaine Remy, appelé au commandement d'un groupe, avait quitté la 3ème batterie. Le lieutenant Sergent, de la ire batterie, avait pris sa succession.

A suivre : Verdun

VERDUN

 

Le 23 février, le Kronprinz allemand avait commencé son attaque sur Verdun ; après les succès du début, il s'était vu obligé de ralentir sa marche, mais voulant en finir, sans répit il renouvelait ses attaques.

Nos corps d'armée prenaient tour à tour place dans la mêlée. Le 15 avril le 9e C. A. était mis à la disposition du général Pétain, commandant de l'armée de Verdun. Le 16 avril, le 1er  groupe du 109 R. A. L. quittait l'Oise pour la Meuse,

Le 9ème Corps d'armée releva sur la rive gauche le 20ème C. A. et fut chargé de défendre la cote 304. Le 10 avril les Allemands, à la suite d'une très forte attaque, s'étaient rapprochés jusqu'au pied de cette crête et ils avaient conquis le Mort-Homme, crête dénudée située immédiatement sur la droite de 304. Il était vraisemblable que pour poursuivre l'encerclement, les Allemands tenteraient une grosse opération pour prendre la cote 304 et la cote 310 située derrière.

Cette attaque ne se fit pas attendre longtemps. Dans les premiers jours de mai, une masse d'artillerie formidable était concentrée et le martelage commençait ; le 4, l'attaque se déclenchait et allait se poursuivre pendant près de 15 jours d'une façon ininterrompue.

La lutte fut terrible. A plusieurs reprises, on put craindre que notre iront cédât, mais toujours nos fantassins arrêtèrent le flot débordant malgré les efforts prodigieux de l'ennemi qui avait atteint le sommet de 304 et qui ne put en déboucher. Le 18 mai, le 9ème C. A. relevé pouvait partir la tête haute. L'encerclement de Verdun était fini.

Le 1er groupe du 109ème e R. A. L. fut engagé à Vignéville, petit village à 4 kilomètres au sud de la cote 304 ; au point de vue tactique il fut placé dans un groupement d'artillerie lourde d'armée chargé d'appuyer et le 9ème C. A. sur 304 et le 32ème  C. A, sur le Mort-Homme. Son rôle principal était d'agir soit en contrebatterie, soit en harcèlement, dans toute la région située entre Montfaucon et la Meuse. De notre observatoire de la cote 326, près de Vignéville, on avait d'excellentes vues ; aussi nombreux furent les convois et les batteries ennemies qui eurent à souffrir de ses tirs.

Deux fois des expéditions nocturnes furent organisées pour effectuer des bombardements lointains. Le lieutenant Miossec avança une pièce dans le bois d'Esnes pour tirer sur Montfaucon et sur la ferme de Nantillois.

Quelques jours après, c'était le tour du capitaine Sergent ; il s'avançait jusqu'aux premières maisons d'Esnes et tirait sur Nantillois et sur Dannevoux. Dans les derniers jours d'avril, le 32ème C. A. avait, par une suite d'attaques locales bien menées, réussi à reprendre le sommet du Mort-Homme. Le 20 mai, furieux de son échec sur 304, l'ennemi attaquait en force, le 1er groupe sut montrer tout ce que l'on attendait de lui. Alerté de jour comme de nuit, il contribua par ses tirs à arrêter l'élan de l'ennemi. Pendant cette période dure, le groupe n'eut pas fort heureusement trop à souffrir du-feu de l'artillerie.

Le bombardement tua, dans Vignéville, Vidis et Delannoy, de la 3e batterie ; à côté de sa pièce le canonnier Marclet, de la 2ème batterie.

Tant d'efforts furent récompensés. Dès le 16 mai toute l'artillerie qui avait collaboré avec le 32ème C. A. était citée à l'ordre de la 2ème Armée. Le groupe faisait partie de cette artillerie. Ce fut sa première citation à l'ordre de l'armée.

ORDRE DE LA 20 ARMÉE N° 174 DU 16 MAI 1916.

L'artillerie du 32ème C. A., comprenant le 1er groupe du 109èm R. A. L., est citée à l'ordre de Varmée.

« Sous l'habile direction du général Franiatte, a, par des tirs bien appropriés, exécutés sans relâche,

depuis le 15 mars 1916, de nuit comme de jour, sans souci de la fatigue, ni des pertes, contribué tout d'abord à briser l'offensive allemande dans le secteur du Mort-Homme et de Cumières, préparé et appuyé ensuite les attaques, infligeant à l'ennemi de lourdes pertes en hommes et matériel et donnant à notre infanterie la plus belle confiance dans la certitude du succès.

« Les canonniers des 40ème, 46ème et 61ème Régiments de Campagne et d'Artillerie lourde de groupement comprenant les groupes suivants : 1er groupe du 109ème R.A.L.se sont montrés dignes de leurs camarades de l'Infanterie"

Signé : Le général commandant la 2ème Armée

.

Le 19mai, le chef d'escadron Brunon était rappelé au G. Q. G. Le capitaine Ramond prenait sa place ; l'orienteur du groupe, le lieutenant Godde, recevait le commandement de la 2ème batterie ; l'un et l'autre passaient au grade supérieur quelques jours après.

Le 20 mai, le 9ème C. A., relevé par le 15ème C. A., partait au repos. Illaissait à Verdun son groupe de 105.

Après ces échecs sur 304 et sur le Mort-Homme, les Allemands abandonnèrent leurs efforts sur la rive gauche de la Meuse pour se concentrer uniquement sur la rive droite.

Ce fut l'époque des grandes attaques autour de Douaumont, Vaux, Fleury, la redoute de Thiaumont,

etc. De sa position de Vignéville le groupe put encore soutenir nos fantassins dans leur lutte épique, tirant par-dessus la Meuse sans cesse sur les batteries de la région de Samogneux et de la côte du Poivre ; sans cesse il harcelait les convois qui ravitaillaient ces batteries. L'ennemi, gêné par ces tirs de flanc, en chercha l'origine ; pour se venger, par deux fois avec ses 210, il retourna la 1ère batterie.

Après trois mois de lutte presque ininterrompu le groupe fut appelé à goûter un peu de repos. Le 16 juillet on l'envoyait à Hévilliers dans la région de Ligny-en-Barrois.

Ce repos n'allait pas être de longue durée. Arrivé le 18, brusquement, le 22, il recevait l'ordre de rejoindre Vignéville. Les Allemands poussaient très fort sur la rive droite, on avait besoin de tous les canons.

Le 24 chacun avait repris sa place. Cette journée du 24 a laissé à tout le groupe un souvenir pénible. Les batteries arrivaient à leur position, traversaient Vignéville, quand un obus, tombant au milieu du pays, blessa 9 hommes dont le capitaine Godde. Celui-ci, le plus sérieusement touché, ne conserva la vie que grâce à la proximité du poste de secours ; il s'en tira avec une jambe en moins. Outre la Légion d'honneur, le capitaine Godde eut en cette circonstance une récompense plus sensible encore à son cœur : le témoignage de la vénération de ses canonniers, dont en peu de temps il avait su par son courage et sa bonté se faire adorer.

Beaucoup lui écrivirent ; à maintes reprises, des délégués de la batterie demandèrent à aller lui dire leur regret de l'avoir perdu.

Quelques jours après, le lieutenant Béchet, du 116ème R. A. L, prenait sa succession et passait capitaine.

Revenues à Vignéville les batteries reprirent leurs missions sur la rive droite ; pendant un mois encore elles continuèrent à soutenir de leurs feux l'infanterie de la rive droite. Enfin, dans les premiers jours de septembre, le 7, le groupe était relevé. Il allait retourner à son corps d'armée, qui était au camp de Mailly. En arrivant dans la zone du 9ème C A., le groupe eut la surprise d'y être reçu par la fanfare du 49ème régiment d'artillerie ; c'était une gracieuseté du colonel Gascouin, commandant l'artillerie du 9ème C. A., qui lui manifestait d'une façon sensible son estime et la joie qu'il avait à le retrouver.

Pendant 10 jours le groupe Ramond resta à Chaudrey ; son repos ne fut interrompu que par une manœuvre préparatoire à la bataille de la Somme, où il était attendu.

 

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Date de dernière mise à jour : 07/02/2016