Jean-François-Régis Barthès

naquit en 1790, le 31 août, à Graulhet, chef-lieu de canton du département du Tarn, dans le sein d'une de ces familles où Dieu compte de nombreux adorateurs, et où la main des anges marque beaucoup de fronts pour la patrie des prédestinés. De cinq frères, trois furent appelés à l'honneur du sacerdoce. Le plus jeune est mort en exerçant les fonctions de vicaire dans la ville d'Albi, le second est aujourd'hui curé de canton à Villefranche-d'Albigeois, et consacre une belle et saine vieillesse au bien et au bonheur du peuple dont il est le pasteur.

Jean-François était le second par la naissance ; mais il n'en exerça pas moins une grande influence sur l'esprit de ses frères, et cette influence fut celle de la piété et de la crainte de Dieu. 

Ce fut le premier jour de novembre 1817, que l'abbé Barthès se présenta au noviciat de Montrouge. Après la retraite ordinaire de huit jours, qui précède l'admission, il se livra avec son ardeur accoutumée à toutes les pratiques de la vie religieuse…Après une année passée à Montrouge, le P. Barthès fut envoyé par le R. P. Simpson, alors supérieur de la Compagnie de Jésus en France, à la maison de Saint-Acheul….

 A peine arrivé au petit séminaire de Saint Acheul, aux portes d'Amiens, le P. Barthès fut chargé de diriger la maison voisine connue sous le nom de Saint-Joseph du Blamont…..

 …Saint-Joseph du Blamont fut pendant dix années le théâtre de la charité et du zèle du P. Barthès.

 ...Après la mission d'Amiens, le P. Barthès fut envoyé à Notre-Dame de Liesse près de Laon ; il y passa une partie de l'année 1826

Le Père Barthès à Pernois et à Halloy,

Les dispositions pacifiques et les sentiments religieux des habitants de Villers-Bretonneux excitèrent le P. Barthès à tenter de nouvelles conquêtes apostoliques. M. Moirez n'était plus ; et, désormais inutile dans un lieu où le P. Courtin exerçait déjà les fonctions de vicaire, il chercha une nouvelle carrière à son zèle. Les grands-vicaires d'Amiens, auxquels il se présenta d'après l'ordre de son supérieur, pensaient à l'envoyer à Pernois ; mais ils hésitaient à lui confier ce poste.

Ce village était, à la vérité, dans le plus grand besoin de secours spirituels ; mais on redoutait, dans ces circonstances critiques, l'activité et la véhémence du P. Barthès. Des bruits fâcheux, que la malveillance semait partout, l'avaient précédé dans ce lieu et dans les environs, et quelques scélérats du pays menaçaient même d'attenter à ses jours.

Quand on lui représenta les difficultés et les dangers de cette mission, le P. Barthès se contenta de répondre qu'il était prêt à tout souffrir pour le salut des âmes, et que d'ailleurs tout ce qu'il avait entrepris sous les auspices de l'obéissance lui avait toujours réussi. Le curé de Villers, qui l'avait accompagné à l'évêché, dit hautement qu'après avoir réussi dans sa paroisse, le P. Barthès pouvait réussir partout : « Ses succès, ajouta-t-il, ont été si prodigieux auprès des habitants de Villers, qu'il a conquis leur estime, non-seulement pour lui-même, mais encore pour moi. J'étais avant sa venue malheureuse et insulté, je suis maintenant heureux et respecté, comme avant les troubles révolutionnaires. » Ces paroles rassurèrent MM. les grands-vicaires, et le P. Barthès fut envoyé à Pernois.

Cette paroisse, située à cinq lieues d'Amiens, entre Abbeville et Doullens, était gouvernée par un vieillard septuagénaire, que ses infirmités mettaient hors d'état de remplir les fonctions du saint ministère. Aussi l'instruction religieuse était-elle nulle : le pasteur ne pouvant rompre le pain de la parole évangélique , les vices qu'entraînent l'ignorance et l'oubli des pratiques de la vie chrétienne avaient réduit la religion, dans cette paroisse, à un état déplorable : elle y avait cependant fleuri autrefois. Les évêques d'Amiens y possédaient avant la Révolution une maison de campagne, et Mgr de la Motte, ce saint évêque, qui a laissé dans le diocèse une mémoire bénie, aimait à résider au milieu des habitants de Pernois, qu'il appelait un bon peuple. Pendant les jours de la Terreur, les prêtres errants et proscrits trouvèrent souvent un asile à Pernois : le dimanche les habitants se rendaient en foule dans une forêt voisine, et ils y chantaient les vêpres devant un grand chêne, dont les branches représentaient une croix.

Mgr de la Motte avait fait présent à l'église du village de différents objets qu'on y conservait encore. On y voyait deux bustes, l'un de saint Ignace, l'autre de saint François Xavier, l'un et l'autre renfermant des reliques que le saint prélat y avait placées de sa main. Entre ces deux bustes et au-dessus du maître-autel, on remarquait un tableau représentant Jésus-Christ chargé de sa croix et paraissant se tourner vers saint Ignace, pour lui dire, comme autrefois : Je te serai favorable. C'était un heureux présage, et le P. Barthès en fut frappé à son entrée dans l'église ; mais quel triste spectacle offrait le temple du Seigneur ! Ce n'étaient partout que dégradation et ruines.

La paroisse se composait du village de Pernois ct d'une annexe, le village de Halloy, peu éloigné, mais réduit, sous le rapport religieux, à un état plus triste encore. Le libéralisme impie de cette époque y comptait de nombreux adhérents : c'est dire suffisamment que les efforts du missionnaire jésuite devaient y rencontrer une terrible opposition dans ces esprits prévenus. Au mauvais vouloir de plusieurs, si vous ajoutez la tyrannie du respect humain si puissant dans les petites localités, l'habitude de se contenter d'une messe le dimanche sans faire aucun autre acte de religion, et une église où tout était dans un état d'abandon et de

délabrement, vous aurez une idée des obstacles contre lesquels devait lutter le zèle du P. Barthès.

La Providence ne l'abandonna point. Il ne fut pas médiocrement surpris lorsque, parvenu à peu de distance du village, il se vit salué par une décharge de fusils, ce qui est une grande marque d'honneur dans les campagnes; puis accueilli au son de toutes les cloches qui s'ébranlèrent à ce signal, et appelèrent les habitants à l'église pour y voir leur nouveau curé. Le P. Barthès, après y être descendu pour adorer le Très-Saint-Sacrement, se rendit auprès du curé de la paroisse, désirant lui présenter ses respects. L'entrevue était délicate. Celui-ci, n'ayant demandé ni remplaçant ni vicaire, signifia au nouveau-venu qu'il ne pouvait ni le loger ni le nourrir. Cependant l'église était encombrée d'une foule compacte et empressée ; et, soit piété, soit curiosité, elle demandait avec instance le nouveau curé. On voulait qu'il se montrât sur l'heure, N'osant résister aux désirs du peuple, le curé conduisit à l'église le P. Barthès, et finit même par le laisser monter en chaire. Ce fut là le moment décisif et le principe de tous les succès du nouvel apôtre. Tout plut en lui : sa taille, sa bonne mine, son air d'affabilité et d'autorité, les éloges qu'il donna au pasteur blanchi dans les travaux du sacerdoce, le dévouement qu'il promettait à ces frères bien-aimés dans le Seigneur, enchantèrent tellement son auditoire, que tous se retirèrent en publiant ses louanges. Le curé partagea l'émotion générale ; et lorsque le prédicateur descendit de chaire, il lui dit en l'embrassant : « Oui, je devine qui vous êtes ; vous me l'avez caché : vous êtes Jésuite ; à ce titre, je vous reçois avec plaisir ; vous logerez et mangerez chez moi, et tout dans ma maison sera à votre service. » Dès lors son affection fut vraiment paternelle. Un si heureux début promettait beaucoup, On écoutait la parole de Dieu avec une avidité insatiable, et des confessions nombreuses furent le fruit de ces prédications. Dès les quatre heures du matin, au milieu de l'hiver, on venait frapper à sa fenêtre pour l'appeler au confessionnal, et il y restait chaque jour bien avant dans la nuit. Presque tous faisaient des confessions générales, ou du moins des retours sur le passé qui embrassaient de longues années.

Bientôt les mariages civils furent sanctifiés par la bénédiction de l'Eglise, les haines invétérées furent éteintes, les restitutions furent faites, les mœurs s'améliorèrent, les offices furent fréquentés, des congrégations furent établies, et la Religion reprit toute son heureuse influence. Le P. Barthès se vit bientôt entouré d'un tel respect, qu'il n'eut qu'à parler et une sacristie fut bâtie ; les ornements furent réparés, et on en acheta de nouveaux ; l'église fut restaurée et blanchie ; une Sœur pour l'école fut appelée et accueillie avec joie et reconnaissance.

Ce dernier bienfait était un service signalé rendu à la paroisse : on ne pouvait voir sans gémir le délabrement de l'école communale, réduit obscur, étroit et fétide, où les deux sexes étaient confondus, au grand préjudice des bonnes mœurs.

Pour comprendre toute l'autorité que s'était acquise le P. Barthès, il suffit de se rappeler la difficulté qu'on éprouve partout et toujours, quand il s'agit d'une entreprise qui exige des sacrifices pécuniaires de la part des gens de la campagne. Cependant, pour toutes les réparations et les dépenses dont nous avons parlé, il n'y eut pas la moindre réclamation. L'élan qu'il avait su donner à la paroisse et la considération dont il jouissait étaient tels que les curés des villages voisins, où la commotion religieuse se faisait sentir, le demandaient avec instance pour qu'il fit à leurs peuples quelques instructions, et ils s'offraient à le remplacer à Pernois tout le temps qu'il passerait chez eux.

Après avoir hésité et réfléchi, il accorda cette faveur à l'un d'entre eux ; mais dès le premier jour il s'aperçut que le travail était excessif, et qu'il serait forcé de négliger le soin des âmes qui lui étaient confiées ; c'est pourquoi il se hâta de rejoindre ses chers paroissiens, se bornant, dans la suite, à des instructions détachées, dont le pasteur recueillerait les fruits. Ces absences prolongées ne pouvaient que déplaire aux habitants de Pernois, qui avaient pour lui non-seulement de l'estime et de la vénération, mais encore une vive et sincère affection. Ils lui prouvèrent bien leur attachement dans un accident qui lui arriva vers cette époque. En allant prêcher dans un village voisin, il tomba de cheval et se cassa le bras ; à cette nouvelle , des femmes et même des hommes donnèrent publiquement des marques de leur vive douleur, Pendant les six semaines qu'il resta à Amiens pour se guérir, plusieurs

habitants faisaient fréquemment les cinq lieues qui séparent Pernois de cette ville, pour avoir de ses nouvelles. La douleur et l'inquiétude étaient sur tous les visages, jusqu'au moment où l'on annonça son retour.

A Doullens même, le P, Barthès jouissait d'une haute considération. Un juge de paix de cette

ville écrivait au maire de Pernois : « J'ai entendu dire tant de bien de M. votre curé, que j'aimerais qu'il ne fût pas étranger à cette conciliation. Il s'agissait d'une affaire délicate et compliquée). Si j'avais l'honneur de le connaître, je le prierais d'unir ses efforts aux vôtres pour concilier les parties. Veuillez, Monsieur et ami, supplier, s'il est nécessaire, M. le curé de se joindre à vous pour rétablir la paix et l'union entre les personnes ci-dessus désignées. Vous leur rendrez un très-grand service, et c'est sur tout sur l'influence que peut exercer ce respectable prêtre, que j'ose fonder à l'avance tout mon espoir. » -

Tant d'obstacles heureusement surmontés, tant de succès éclatants et inespérés montraient

bien que c'était l'œuvre de Dieu qui s'accomplissait à Pernois, et le P. Barthès ne manquait aucune occasion de le publier ; mais une nouvelle épreuve devait succéder aux difficultés vaincues : il fallait subir la persécution et les revers. Le génie du mal voulut mettre un terme à ce travail de régénération morale, et peu s'en fallut qu'il ne parvînt à l'arrêter. -

Depuis cinq mois que le Père demeurait chez le curé de Pernois, ce bon vieillard avait vu avec joie et reconnaissance les travaux et les succès de son zélé collaborateur ; et jamais sans doute il n'aurait ouvert son cœur à d'autres sentiments, si de faux amis n'étaient venus lui faire une tentation des succès de son zélé collaborateur. Bref, il voulut reprendre les rênes de l'administration de la paroisse, et l'auxiliaire fut congédié.

Les habitants de Pernois furent au désespoir.

Quant au P. Barthès, il obéit avec la promptitude demandée. Toutefois, comme il ne voulait pas quitter définitivement son poste sans avoir averti Mgr l'évêque, il se retira chez un curé voisin, pour y attendre la réponse de Sa Grandeur. Son zèle ne fut pas oisif en ce lieu, et il y fut également heureux. A peine eût-il annoncé la parole de Dieu, qu'une foule de personnes demandèrent à se confesser, Les pécheurs scandaleux furent les premiers à se présenter, et en peu de temps il se fit dans la paroisse une amélioration notable, Le curé, touché de tout ce qu'il voyait, était pénétré d'amour et de respect pour son hôte, et remerciait Dieu de lui avoir envoyé cet apôtre.

Pendant ce temps, Mgr de Chabons traitait avec le curé de Pernois, et lui faisait accepter une retraite que réclamaient son âge et ses infirmités. Dès ce moment le P, Barthès, investi de tous les pouvoirs de curé à Pernois, eut tous les moyens d'accroître et de consolider le bien qu'il avait commencé. Il donna alors des soins particuliers au village d'Halloy. Le succès ne fut pas complet, mais le Père eut lieu de bénir Dieu de ses miséricordes, et il y obtint bientôt des résultats très-consolants. Depuis ce moment, quand le Père traversait ce village, il y recevait les marques d'affection et de respect dont il était entouré à Pernois. Mais, dans les deux communes qui formaient la paroisse, un secret pressentiment venait attrister les cœurs.

Il suffit d'aimer une chose pour croire qu'on va la perdre ; aussi les habitants disaient souvent à leur curé, quand ils le rencontraient : « Tout va bien ; mais ne nous quitterez-vous pas ? » Il se contentait de leur donner de bonnes espérances. Les craintes se réalisèrent, et sur la fin de mars 1832 Mgr de Chabons retira le P. Barthès de Pernois.

 

Le Père Barthès à Moislains, et le Choléra de 1832.

Ce fut le 22 mars 1832 que le P. Barthès quitta sa chère paroisse de Pernois ; il y laissait dans le P. Celeyrette un digne successeur. L'intention de Mgr de Chabons était de nommer le P. Barthès curé de St-Fuscien, et directeur spirituel d'une Institution de jeunes gens fondée par M. Lardeur. Le zèle et l'expérience de l'ancien supérieur du Blamont faisaient espérer qu'il rendrait de grands services à cette maison.

 

Sources :  https://books.google.fr/books?id=KAhgAAAAcAAJ&hl=fr

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 20/02/2015